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Sans risque de se tromper, on peut dire que le 17 avril 2012 marque le retour de «Damonzon Diarra dit Dah» au pouvoir. Dah fut un roi craint et adulé du royaume bambara de Ségou. Il a régné sans partage sur Ségou et avec détermination. Comme ce dernier, Cheick Modibo Diarra veut imposer sa dictature aux Maliens en verrouillant les postes stratégiques de l’administration publique en y mettant en selle l’ancien régime défunt, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM).

Le metteur en scène de cette stratégie ne peut être que Django Sissoko qui a eu la main mise sur l’administration publique sous Moussa Traoré jusqu’à maintenant. Cheick Modibo Diarra, parvenu fortuitement au sommet de l’Etat grâce à l’Accord- cadre signé à Ouagadougou qui lui donne «Pleins pouvoirs», fait volte face à une bonne frange de Maliens. Il crée un ministère chargé des Affaires religieuses et du Culte afin d’avoir sans nul doute l’adhésion des associations islamiques.

Pis, il nomme un membre du Haut conseil islamique ministre dans ce département. Mais de qui Cheick Modibo se fout-il ? Religions et cultes sont deux mots, qui ne font pas bon ménage puisque le culte prend en charge nos religions traditionnelles. Religion se dit d’une disposition morale de l’âme qui, sans paraitre au dehors, fait qu’on remplit tous ses devoirs envers Dieu. Le culte est un hommage rendu à Dieu, à une divinité, à un saint. Dans ce contexte, le Premier ministre croyant plaire à une partie des Maliens remet en cause la laïcité du pays.

Malgré la forte islamisation du Mali, les musulmans (plus de 90% de la population) et la présence des chrétiens, des animistes et d’autres, le Mali reste et demeure un pays de tolérance et cela a facilité la coexistence des différentes communautés d’où le fondement de la laïcité affirmée par la Constitution. Nous sommes issus d’un pays riche par sa culture ou chaque ethnie est fortement rattachée à ses valeurs culturelles. Or selon certains chercheurs une des causes profondes de la détérioration du climat social se trouverait dans la pratique et la compréhension de l’islam.

Avant l’introduction de l’islam, nos religions traditionnelles ont toujours cru à un Dieu unique créateur du monde, qui est toujours imploré pour l’adoration des six (6) associations hiérarchisées bambara : N’tomo, Komo, Nama, Tyi wara, Korè et Kono et tout allait bien. Mais quand on a remis en cause la vénération de ces cultes pour la pratique de l’islam nous sommes devenus un peuple sans histoire sans fondement sociologique.

Amy SANOGO

L’Inter de Bamako du 27 Août 2012