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Le communiqué du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) tenu à Abidjan le 26 avril 2012 sur le Mali et la Guinée Bissau n’a pas eu le même traitement auprès des chefs d’Etat francs-maçons de ladite Communauté. Le communiqué est passé sous silence en Guinée- Bissau, où les putschistes ont dit niet à la proposition de ces chefs d’Etat «mal élus» de la CEDEAO.

Cette session a été convoquée pour examiner la situation politique, sécuritaire et humanitaire au Mali et en Guinée- Bissau. Toutes les tractations menées et autres prises de décision des «experts» de la communauté ont été repoussées par la junte bissau-guinéenne. Pourquoi alors obliger «le camp de Kati» à fléchir et faire subir les Maliens, nous mettant sous une coupe réglée d’un syndicat de chefs d’Etat «mal élus» ?

Cinq (5) paragraphes du communiqué laconique du sommet extraordinaire mettent à nue les réelles motivations des présidents Blaise Compaoré, Alassane Dramane Ouattara et Thomas Yayi Boni. Ces paragraphes apportent des précisions de taille sur un éventuel retour du président déchu le général ATT, la partition du Mali et «la traque» prochaine des membres d Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat du (CNRDRE).

Chapitre 8 : Sur la restauration de l’ordre constitutionnel : «La conférence note l’engagement solennel pris le 1er avril 2012 par le CNRDRE de restaurer rapidement la légalité constitutionnelle au Mali».

Paragraphe 12 : C’est là où se joue l’avenir du CNRDRE (…) Les chefs d’Etat et de gouvernement demandent que les autorités de transition garantissent non seulement le droit de retour au Mali de l’ex- président, M. Amadou Toumani Touré et de toutes autres personnalités forcées de quitter le pays, mais aussi d’assurer leur sécurité une fois au pays.

Dès lors, on comprend les termes de la conclusion de la lettre de démission d’ATT, lorsque ce dernier à noter que : «La CEDEAO fera le reste». Et depuis, la CEDEAO est en train de faire et fera le reste tant que le CNRDRE restera frileux.

Au paragraphe 15 : La CEDEAO précise ses menaces, qui semble avoir atteint et les intellectuels et les membres du CNRDRE : «La conférence met en garde le CNRDRE que ses membres qui commettraient désormais toutes actions arbitraires et unilatérales seront passibles de sanctions individuelles ciblées». (La guerre ouverte contre les bérets rouges pourrait avoir des répercussions fâcheuses sur des membres influents du CNRDRE).

Paragraphe 19 : «La conférence réaffirme la proposition de médiation de la CEDEAO en vue d’un règlement négocié de la crise dans le nord du Mali. A cet égard, la conférence renouvelle sa confiance au médiateur, Blaise Compaoré et l’encourage à présenter dans ses efforts de médiation en concertation avec les pays du champ, l’Algérie et la Mauritanie jusqu’à la restauration de l’unité et de l’intégrité territoriale du Mali». Une manière subtile de conduire le Mali vers la partition.

Enfin, le paragraphe 21, qui est consacré à l’envoi des troupes étrangères pour sécuriser la transition, stipule que : «Les chefs d’Etat et de gouvernement décident de prendre toutes les mesures nécessaires visant à assister le Mali dans le rétablissement de son unité et de son intégrité territoriale. A cet égard, les chefs d’Etat et de gouvernement instruisent la commission de commencer, avec effet immédiat, le déploiement des forces en attente de la CEDEAO conformément au mandat approuvé».

Dans les tous cas, les traitements infligés par les chefs d’Etat de la communauté au CNRDRE, à la longue, montreront leur limite, car on ne saurait perpétuellement faire peur à des hommes en armes.

Les putschistes bissau-guinéens ont pourtant rejeté en bloc la médiation des chefs d’Etat de la CEDEAO. Pourquoi la junte malienne a-t-elle accepté ? Est-ce que c’est le destin qui s’acharne contre le CNRDRE pour avoir mis le mot «restauration» dans leur sigle : Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat. Restaurer l’Etat veut dire : remettre en bon état ; alors que dans le cas du Mali, il ne s’agit ni plus ni moins que de refonder l’Etat.

Pire, pour la CEDEAO, venue à la rescousse d’un régime mafieux et crapuleux, il fallait restaurer rapidement la légalité constitutionnelle, alors que l’Etat du Mali a cessé d’exister sous ATT. Mais alors ! Où vont les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, le CNRDRE, Cheick Modibo Diarra et Dioncounda ? Et le peuple du Mali dans tout cela ?

Lorsque l’aveuglement collectif des chefs d’Etat de la CEDEAO devient une vérité première, avec le retour à l’ordre constitutionnel imposé après un coup d’Etat ou coup de force consommé, aucun doute, le syndicat des chefs d’Etat de la communauté ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

Ainsi, malgré bien d’incohérences et d’inconséquences, qui ont jusque là entaché toutes leurs résolutions, les chefs d’Etat de la CEDEAO ont pu en imposer au CNRDRE par «l’arme de l’intimidation».

D’ailleurs ADO a donné le ton dans l’émission «Face à nous» réalisée par «AFRICA 24», lorsqu’il a dit sans détours : «Je m’impliquerai pour que ce soit les derniers coups d’Etat en Afrique de l’Ouest. Nous prendrons toutes les mesures contre les auteurs des coups d’Etat. Nous irons le plus loin possible». Toute chose qui démontre, qu’il s’agit de sanctionner les militaires maliens pour l’exemple, ce qui empêcherait, à ses yeux, tout autre coup d’État dans la sous régions.

A bon entendeur salut !

Amy SANOGO

17 Septembre 2012