Partager

Fruit de plusieurs réflexions et échanges entre acteurs politiques et experts des élections, les CENI ont été concoctées et annoncées comme la solution pour des élections régulières et crédibles. Surtout en Afrique et particulièrement dans sa partie subsaharienne où la fraude massive lors des échéances électorales, est devenue presque endémique.

Alors, les Commissions chargées de l’organisation des élections, ou de leur contrôle et supervision ont foisonné partout en Afrique pour palier l’impertinence des administrations dans l’organisation des élections. Mais celles-ci se sont avérées être de véritables machines à fraude pour donner les sièges à pourvoir, au pouvoir déjà bien en place.

A dimension et géométrie variables, selon les pays, Observatoire national des élections (ONEL) au Sénégal, Commission électorale nationale autonome (CENA) au Bénin, Commission nationale d’observation des élections (CNOE) au Burkina Faso et Commission électorale nationale indépendante (CENI) au Mali, leurs noms varient autant que leurs missions et pouvoirs, pour souvent le même résultat contesté.

Après plus d’une décennie d’application, l’heure du bilan est arrivée. Pour ce qui concerne le Mali, l’expérience de notre CENI se révèle être une faillite. La CENI malienne pourra-t-elle se ressaisir et mieux jouer son rôle après avoir échoué en 1997, en 2002, en 2004 et en 2007 ?

La première remarque est que la CENI jusque là avait eu comme président, un membre de la société civile, comme Kassim Tapo du Barreau malien, Mme Traoré Aminata Bagayoko de la CAFO, Me Moustaph Cissé de l’AMDH, Fodié Touré du Syndicat des magistrats. Aujourd’hui, comme un cheveu dans la soupe, c’est un homme politique qui en devient le président.

Seydou Traoré, c’est son nom, est membre du Comité exécutif (CE) du parti majoritaire, l’ADEMA dont il est le secrétaire politique. Il est ancien ministre et son parti fait figure de leader dans la majorité présidentielle. Quand celui qui doit être contrôlé devient le contrôleur.

A sa naissance l’esprit de la CENI, qu’on a évité d’assimiler à une défiance de l’administration, est un appareil qui a pour objectifs d’empêcher l’administration de détourner le pouvoir au profit d’un candidat et elle le fait généralement au service du pouvoir en place.

La CENI qui n’est pas plus qu’un gouffre à milliards pour notre pauvre pays n’a jamais permis chez nous, l’organisation d’élections régulières et crédibles.

Il est difficile de croire qu’une CENI dirigée par la majorité présidentielle jouerait mieux son rôle. Les élections communales de 2009, pour lesquelles elle est mise en place, seront déterminantes pour la présidentielle et les législatives de 2012.


B. Daou

13 Octobre 2008