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Le Gouvernement a bien fait de rappeler qu’il existe un décret instituant la semaine des Martyrs. Personne ne s’en souvenait plus mais le rappel donne à la fois relief et cohérence à la série de manifestations marquant la période concernée.

La semaine a donc commencé avec la célébration du 20e anniversaire des Echos et s’est poursuivie avec la marche-recueillement sur la tombe de Abdoul Karim Cabral, comme c’est le rituel, tous les 17 mars depuis 1992.

S’agissant de cette marche devenue un rituel depuis 1992, il est significatif qu’elle ait continué d’exister, à 42 degrés à l’ombre, rassemblant des personnalités que les aléas de la politique ont transformés en adversaires ou en concurrents. Il est révélateur et réjouissant enfin que trente ans après sa mort, Cabral suscite encore des témoignages émus de plusieurs de ses compagnons.

Mais, nos enfants ne savent pas, faute de leur avoir enseigné Cabral et le rituel, forcément s’arrêtera. Pour ce qui est du 20e anniversaire des Echos, il a été un intense moment de mémoire sur une facette trop rapidement oubliée de notre histoire immédiate.

Il a également donné lieu à des hommages émouvants sur les débuts de la presse privée, les risques individuellement pris par chacun des soldats de cette cause dans le contexte très difficile de l’époque. Aux hommages à juste raison rendus aux animateurs des Echos, il convient d’associer l’intrépide équipe de l’hebdomadaire Aurore dont la naissance, tout en élargissant les espaces de liberté, a permis de radicaliser l’exigence de pluralisme.

A la faveur de ce 20e anniversaire qui est celui de la liberté, du courage et de l’engagement, ayons une pensée particulière pour le doyen Boubacar Kéïta du périodique ‘la Roue’. Mais la mémoire et les hommages, sans doute, ne suffisent pas, s’ils ne débouchent pas sur l’audit le plus profond possible de la presse nationale, de ses menaces et des opportunités.

Car, il ne faut pas se faire d’illusion : si notre presse est méritoire de survivre à un marché adverse, mais elle reste encore hautement perfectible. Qu’elle soit publique ou privée, elle est loin de l’excellence, à moins que l’on ne veuille se mentir et donc mentir à la nation. Cela va également au delà d’un problème de bâtiment à construire pour la presse. Ce qui est posé est un problème d’accompagnement institutionnel plus substantiel de l’Etat et des partenaires financiers.

Au-delà des traditionnelles séances de formation et de quelques perdiems consentis. Il s’agit, preuve de sincérité démocratique, d’aider à l’émergence d’une presse de deuxième génération pour notre pays. Nos martyrs nous le disent mais nous ne savons plus les entendre.


Adam Thiam

18 Mars 2009