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Les lobbies, qui s’activent pour empêcher l’emploi légal de la force dans le nord du Mali, sont en passe de gagner leur pari. Et pour cause : la résolution 2085 du Conseil de sécurité, votée jeudi soir, ne satisfait pas les attentes du Mali, même si le chef de sa diplomatie s’est montré heureux, à l’issue du vote. La diplomatie algérienne, soutenue par Saïd Djinnit et Romano Prodi, respectivement représentants du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et au Sahel, ont réussi à convaincre les 15 membres permanents du Conseil de sécurité, y compris la France, sur les «dangers», les «méfaits», les «violations de droits de l’homme», en cas de guerre au nord du Mali. C’est pourquoi, la résolution 2085 a été édulcorée, dépouillée de sa substance, avant le vote.

jpg_Chahana_Takiou-3.jpgEn effet, la guerre contre les islamistes et narcotrafiquants a été renvoyée aux calendes grecques, dans la mesure où aucun calendrier n’a été adopté pour le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), sous conduite africaine. La seule équation connue est celle relative à la durée de cette mission : une année. L’ONU, il faut le dire, se moque du Mali, s’en fout de la souffrance des populations, sous occupation, lesquelles continuent à subir, au XXIème siècle, les pires atrocités de l’humanité.

Quelques heures après l’adoption de la résolution 2085, qui presse Bamako à aller vers une solution négociée de la crise, Alger a fait signer un accord, vendredi 21 décembre, entre le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et Ansar Dine. Le document prévoit que les deux entités négocient avec Bamako pour trouver une solution pacifique. Voilà le dilatoire. Certains experts de l’ONU affirment qu’une éventuelle intervention militaire n’est pas possible avant septembre 2013.

Entre-temps, on multiplie les pressions sur l’imperturbable Dioncounda Traoré pour le contraindre à négocier, comme le veut la présente 2085, à parvenir à un accord et à rendre toute intervention militaire, au nord du Mali, caduque. Ce scénario est d’autant plus plausible que les conditions énumérées pour y intervenir sont contraignantes : reconstruction de l’armée malienne, entrainement des troupes panafricaines qui feront partie de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA). Ce n’est pas tout. Il faudra que le Conseil de sécurité s’estime satisfait de l’état de préparation de cette force, à partir de certains critères précis (entrainement, efficacité de la structure de commandement, équipement, adaptation au terrain).

Est-ce à dire que les forces panafricaines viendront s’entrainer au nord du Mali, au Niger ou au Tchad pour s’adapter au terrain? Pour tuer Kadhafi, il n’y a pas eu de protocole. Soixante deux jours après la résolution de l’ONU, l’Otan a commencé les bombardements. Pourquoi au Mali, il faudrait que l’ONU attende très longtemps pour attaquer les islamistes et détruire les grottes dans lesquelles ils se cachent. L’armée de Kadhafi est, pourtant, mieux équipée que les terroristes du nord du Mali. Il suffit d’une réelle volonté politique internationale pour faire partir, sans coup férir, dans un laps de temps, MUJAO, AQMI et autres. Malheureusement, elle manque cruellement. Parce que, nous l’avons dit et nous le répétons, le Mali n’a pas de pétrole. Il est donc victime de sa grande pauvreté et des atermoiements au sommet de l’Etat.

Aux forces armées et de sécurité du Mali de prendre leur responsabilité, devant Dieu et les hommes, pour libérer rapidement, avec ou sans la force panafricaine, le nord du Mali. Les députés viennent de voter un budget de 20,2 milliards de FCFA soit 1,6 milliard par mois, pour l’opération «Badenko» (pour la cause de nos frères) afin de libérer le nord du pays. Ce budget n’a rien à voir avec la dotation budgétaire annuelle de l’armée, qui s’élève, en 2013, à 111,8 milliards de nos francs contre 76 milliards en 2011. L’Etat a donné ce qu’il peut. Comme, on le dit, la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Il revient donc à nos forces armées et de sécurité d’honorer le Mali, de nous permettre de relever la tête, baissée depuis un certain 17 janvier 2011.

Chahana Takiou

22 Septembre du 24 Décembre 2012