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Le pays de Sékouba Konaté semblait avoir réussi le plus difficile : tenir l’élection à la date annoncée ; réussir un taux de participation à faire pâlir même les vieilles démocraties ; voter dans la paix et la sérénité malgré les imperfections inhérentes à un si jeune processus électoral car tout le monde le sait, on ne votait pas vraiment dans ce pays.

Cerise sur le gâteau, la Ceni n’est pas en défaut d’anticipation : elle communique à temps réel et apporte les apaisements attendus. C’est rare en Afrique où plusieurs de ses homologues auraient préféré raser les murs.

Enfin, la percutante société civile guinéenne, sans doute l’une des plus pugnaces du continent malgré cinquante ans de dictature ou peut-être à cause de celle-ci, est elle aussi entrée dans la danse en publiant un rapport qui recense les forces et les faiblesses du 27 juin, avec à la clé la liste des bureaux de vote où les opérations ne sont pas déroulées comme il se devait.

A quinze heures donc cet après-midi, à condition que la Ceni tienne parole, la Guinée saura -provisoirement seulement car la décision finale est prise par la Cour suprême- le nom des deux candidats qui seront au second tour, le 18 juillet prochain.

Si tout se passe comme promis et si les vingt deux candidats malheureux félicitent les vainqueurs, alors la Guinée aura réussi son tournant. Mais elle n’est pas à l’abri du tourment, comme l’avait redouté un des sites de ce pays dont les médias électroniques connaissent une vitalité rare dans la sous-région.

Ce n’est que tout bénéfice puisqu’ils peuvent être manipulés et manipuler à leur tour une population qui retient son souffle. Mais cela fait partie des maladies infantiles de la démocratie. Contrairement aux pratiques de fraude dénoncées maintenant par plusieurs candidats, y compris les favoris.

Celles-ci relèvent de la perversion de la démocratie, que les plaintes soient fondées ou qu’elles procèdent d’un réflexe de mauvais perdant. Dommage et inquiétant. Car il ne faut pas que la Guinée s’enlise maintenant après avoir réussi l’essentiel et attiré sur elle le regard admiratif du monde.

Adam Thiam

30 Juin 2010.