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Il est vieux, malade, et condamné à passer le reste de ses jours en prison où il passe d’ailleurs ses premières nuits. Moubarak qui était aussi craint qu’un pharaon du temps de sa splendeur a eu une fin de règne cauchemardesque. Pourtant la place Tahrir s’est rempli de nouveau. Il faut dire qu’elle n’avait jamais vraiment désempli. Car elle s’est donné trois missions : être la mémoire d’un printemps qui fut beau mais d’abord sanglant ; être le légataire des martyrs qui ont donné leur vie pour que celle des autres change ; porter l’attente révolutionnaire de la jeunesse facebook à laquelle le clavier d’ordi a pour l’instant mieux réussi que le bulletin de vote.

La révolution permanente alors dans le cas de l’Egypte qui est allée aux urnes et qui a choisi le lifting plutôt que la chirurgie profonde ? C’est beaucoup demander quand on sait que dans les démocraties cosmétiques, la justice est la voix de son maître et que partout il est bien plus commode de sacrifier le symbole du système que le système lui-même. Rien d’étonnant donc que Moubarak ait été le bouc expiatoire des années de plomb.

Pour le reste, le souffle de Tahrir doit être maintenu, ne serait-ce que pour maintenir cet appel d’autre génération, d’autre éthique et d’autre méthode. Mais du Cap au Caire, de Djibouti à Dakar, Tahrir ne s’adresse pas à nous en hiéroglyphe mais dans le message le plus clair possible : la transition démographique dans le continent africain exige une introspection responsable sur les modalités et le timing du renouvellement des élites. Ou nous acceptons l’accouchement naturel de ce compromis. Ou notre jeunesse nous l’imposera par césarienne

Adam Thiam

05 Juin 2012