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Le concept stratégique établi par la CEDEAO, suite à la Résolution 2071 du Conseil de sécurité, endossée par l’Union Africaine, pour une autorisation d’intervention militaire au Nord du Mali, dans le cadre du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, peine à se concrétiser. Et pour cause: le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki Moon, distille à travers un rapport distribué mercredi à New York aux membres du Conseil de sécurité, des informations non fondées, pour tenter de retarder, sinon de reporter sine die, l’ultime décision relative au recours à la force.

Comment comprendre cette allégation du diplomate coréen: «l’intervention militaire, un remède qui risque d’être pire que le mal…»? Parmi les causes de la situation actuelle, le rapport souligne les sentiments profonds de certaines communautés du Nord d’avoir été «marginalisées», «négligées» et «traitées de manière injuste». Que dire encore de cette autre phrase du même rapport: «des préoccupations légitimes des Touaregs». (Lire la déclaration du FDR qui dénonce le «rapport déséquilibré, partiel, partial et ambigu du Secrétaire Général de l’ONU»).

Ban Ki Moon devrait davantage s’informer auprès des Agences du Système des Nations Unies au Mali plutôt que d’écouter son seul représentant pour l’Afrique de l’Ouest, l’AlgérienSaïd Djinit, qui roule pour son pays, opposé officiellement à l’emploi de la force. Il n’est donc pas étonnant que ce rapport soit biaisé. Le Mali doit donc réclamer la disqualification de ce document, lequel ne devrait même pas être lu à la tribune des Nations unies. Cela nous rappelle les mensonges de la CIA pour attaquer l’Irak ou les prétextes inventés par l’Otan pour bombarder la Lybie. Ces deux pays possèdent certes du pétrole, et le Mali, malheureusement sans doute, n’en a pas. On ne se hâte donc pas pour agir là où c’est nécessaire. On ne se bouscule pas pour éradiquer le mal du siècle, le terrorisme, parce que le Mali est pauvre.

L’Algérie, soutenue manifestement par Ban Ki Moon, est en train d’inventer des situations irréelles, de provoquer des craintes non justifiées afin de maintenir le statu quo. Au même moment, notre diplomatie brille par son silence assourdissant. Aucune initiative n’est prise pour contrer les velléités algériennes. On se contente seulement d’organiser les foras de la CEDEAO et de l’ONU à Bamako et on se gargarise d’avoir remporté des succès diplomatiques. Que non!
La diplomatie malienne est inaudible, inactive et sans vision. Elle n’a entrepris aucune action, aucune offensive de charme envers les membres du Conseil de sécurité pour leur expliquer les réalités de la question touarègue et les efforts évidents entrepris depuis 20 ans pour l’intégration effective des Hommes bleus dans tous les compartiments de la vie sociopolitique de notre pays.

Tiéman Coulibaly, puisque c’est de lui qu’il s’agit, doit bouger et assumer entièrement ses prérogatives. Les rares fois où la voix du Mali a été entendue, c’était lors des déplacements du Premier ministre. Il est donc temps que la diplomatie malienne s’affirme, qu’elle se frotte aux autres, qu’elle réagisse, qu’elle soit proactive et compétente. Sinon, l’Algérie marquera des points sur le plan diplomatique au détriment du Mali, donc de sa sécurité et de sa souveraineté nationale. Ce qui est inadmissible.
La diplomatie malienne doit se mettre immédiatement au travail pour renverser la tendance qui se dessine à New York, une situation humiliante pour le peuple malien, qui attend incessamment l’autorisation du Conseil de sécurité pour l’emploi légal de la force militaire.

Chahana Takiou

22 Septembre du 3 Décembre 2012