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En cette fin d’année, et à l’entame de la seconde année de sa présidence, Alassane Ouattara s’efforce de continuer à communiquer l’espérance. Il l’a fait tout au long de 2012 dans les villes et les régions ivoiriennes. Et il vient de le faire lors de la deuxième édition de son tête à tête avec les chancelleries accréditées auprès de lui.

C’est vrai qu’à bien des égards, la Côte d’Ivoire commence à renouer avec le cercle vertueux. L’économie, les infrastructures, l’investissement productif, tout cela reprend. Cela n’allait pas de soi dans le pays lourdement endeuillé et désorganisé dont le président houphouettiste hérita en avril dernier. Le mérite en revient essentiellement au président ivoirien. L’économiste expérimenté qu’il est, est encore loin de sa promesse électorale en ce qui concerne la mobilisation des ressources mais tous les partenaires frappent à la porte d’une Côte d’Ivoire qu’ils fuyaient, il y a peu.

Ensuite, prudent politique, Ado a su surveiller comme du lait sur le feu son alliance avec le Pdci. Pour que celle-ci n’éclate pas en ce tournant critique de l’histoire nationale et ne reproduise la ligne de fracture Nord-sud que et lui Ouattara et le «shadow president » Bédié tentent, par monts et vaux, de gommer. Mais Alassane Ouattara ne peut plus avoir l’assurance de son flamboyant débat à la veille du second tour de l’épique présidentielle qui l’opposait à Laurent Gbagbo il y a bientôt deux ans. Trop de morts ont assombri les perspectives rapides de la reprise qu’il espérait justement parce que la passation de pouvoir ne fut pas pacifique. Le camp Fpi depuis lors vaincu n’est pas forcément dans une logique d’apaisement. Or Napoléon a raison de dire qu’ « en amour comme en guerre, pour en finir, il faut être deux ».

Mais le problème ne se situe pas que dans un camp. Ouattara paraît en quelque sorte l’otage de sa victoire qui n’a été possible qu’avec les ex-rebelles du Nord, avec les méthodes pas toujours catholiques des rébellions. Quand on franchit la ligne de l’opposition pour celle du pouvoir, tout change. Les seuls repères acceptables sont alors le rejet de l’impunité et la fin des sauf-conduits. Là-dessus, en dépit du bon réflexe d’avoir mis en place une commission de réconciliation, le pouvoir Ouattara n’a pas encore réussi à faire de la paix cette infrastructure structurante dont la Côte d’Ivoire a tant besoin pour redevenir la locomotive sous-régionale qu’elle fut une fois.

Pire, il doit davantage convaincre qu’il n’est pas le tribunal du vainqueur et qu’au harcèlement visible d’une opposition cherchant à le pousser à la faute, la réponse ne saurait être ni le fait du prince ni la terreur d’Etat.

Adam Thiam

Le Républicain du 26 Novembre 2012