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Des masses de poussière jaunissant la capitale au sortir d’un weekend déprimant : les plus modernes invoqueront les changements climatiques et les plus traditionnels invoqueront le mauvais présage. En tout cas, c’est bien un sale temps que par un amateurisme inqualifiable la CEDEAO impose à notre pays. Un accord-cadre signé dans le soulagement de la nation, un retour progressif à l’ordre constitutionnel couronné par la mise en place d’un gouvernement dont la classe politique s’est accommodée.

Et patatras, le coup de canif d’Abidjan qui polarisera le pays plus que ne l’a fait le putsch du 22 mars lui-même. Pro-décisions d’Abidjan contre défenseurs de l’accord-cadre, rappelant le cauchemar des premières heures du coup d’Etat et cette fois-ci avec une ex-junte qui a des raisons de crier à la trahison ; surenchères inquiétantes pour la paix sociale dans un pays qui a déjà trop clivé.

L’enjeu évident était de désavouer la médiation burkinabé désormais flanquée du gendarme nigérian. Mas la CEDEAO voulait-elle jeter de l’huile sur le feu qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Elle n’a servi ni sa propre image car elle a fait preuve d’incohérence, ni le Mali qu’elle divise un peu plus, ni Dioncounda Traoré qui était suffisamment consensuel pour être porté à la tête de la transition par ses compatriotes eux-mêmes. Dont une partie verra en lui désormais le proconsul d’un syndicat à l’évidence peu compétent.

Dommage ! Il n’y a plus que le Mali pour se sauver tout seul maintenant qu’il est averti. Et il a tous les ressorts pour se ressaisir et démontrer qu’aucun plan machiavélique n’aura raison de lui. L’ex-junte l’a fait en facilitant le retour à la constitutionnalité et en le faisant au nom du Mali. A moins que le CEDEAO ne revoie sa copie, ce qui la discréditerait gravement, le Capitaine Sanogo reste la seule direction dans laquelle le pays regarde maintenant. Il sera entre ceux qui rejettent la dernière décision de la CEDEAO et ceux qui la défendront. Il lui faut être d’une sagesse supérieure pour ne pas ajouter à la fracture du Sud à l’humiliation du Nord. Car le pays va mal et de plus en plus mal.

Adam Thiam

30 Avril 2012