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Après l’élection présidentielle entachée de fraude, le Mali vit une situation de crise latente perceptible. Le chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé était bien en phase avec les manifestants lors de la marche du samedi 18 août 2018, qui a pris fin devant la Bourse du travail, lieu symbolique de la lutte populaire.

Il a annoncé la poursuite de la lutte, après la fête – de Tabaski célébrée le 21 août – pour que prévale le vote du peuple malien, dire « non au bourrage d’urnes et à la fraude électorale au Mali ». Les politiques Mme Diakité Kadidia Fofana, Choguel Maïga, Dramane Dembélé, Konimba Sidibé, l’activiste Mohamed Youssouf Bathily dit Ras Bath, tous embouchent la même trompette: l’indispensable défense de la démocratie. Que peut vouloir dire une démocratie sans le respect, la sacralité du vote des citoyens ?

En effet, l’arrêt de la cour constitutionnelle, de laquelle on ne pouvait attendre qu’une validation de forme, a effectivement entériné le lundi 20 août, le fait accompli. Soumaïla Cissé a déclaré lors d’un point de presse à l’hôtel Salam le jeudi 23 août, qu’il ne reconnaissait pas le président « déclaré élu par la cour constitutionnelle ». Par conséquent, une « grande marche patriotique et pacifique synchronisée dans tout le Mali et à l’extérieur » aura lieu ce samedi 25 août 2018 pour « sauver la démocratie malienne».

Personne n’a plus aucun doute sur le feu qui couve, et dont la responsabilité est le partage de la classe politique, en particulier le pouvoir ayant en charge l’organisation des élections au Mali. Si feu il y a, qui mieux que l’administration d’Etat, organisatrice du tripatouillage électorale, peut-il en assumer la responsabilité première ?

Tout le monde, au niveau national et international, tente de faire éviter au Mali une crise postélectorale. Cependant « l’ainé de la famille sans être le plus âgé » en a-t-il pris la mesure ? Dans une adresse télévisée, le Président Ibrahim Boubacar Kéita, certes prétend tendre sa main à son « jeune frère, Soumaïla Cissé », mais refuse en même temps de reconnaitre le caractère républicain de l’opposition ; « à mon jeune frère, Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition dite républicaine, je voudrais tendre la main ». Et dans la même foulée, parlant de cette même opposition, le Président déclare en Bamanakan, l’air menaçant : « après le verdict de la cour constitutionnelle, celui qui tente de brûler ce pays se fera brûler à son tour. Irrémédiablement ! … ». IBK souffle le chaud et le froid, frise l’escalade verbale. Ce climat n’est pas favorable aux retrouvailles que le Président IBK semble prêcher. La situation sociopolitique du Mali exige aujourd’hui une union sacrée autour de l’essentiel, une gestion concertée du pouvoir et de la gestion des questions nationales. C’est seule une démarche inclusive qui vaille, car le Mali est notre partage, et nul n’a le monopole du patriotisme. L’histoire récente du Mali est tellement riche : aucune promesse de couronne d’enfer ne saurait prospérer ; nul ne peut s’allier aux séparatistes pour entacher ses mains du sang des Maliens qui ne demandent que la paix, la démocratie, l’unité nationale et l’intégrité territoriale.

B. Daou
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Du 24 Août 2018