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Le rapport de son secrétaire à la communication, publié par notre confrère Les Echos dans son édition d’hier, laisse croire que l’Adema a fait un travail profond sur le rapport Daba Diawara : échange avec plus d’une centaine de personnes-ressources, missions d’information dans plusieurs pays africains et occidentaux, 223 propositions touchant quasiment la moitié des articles de l’actuelle constitution. Bravo, c’est du sérieux quant au processus.

Quid du fond ? L’Adema reste attachée à l’institution du Premier ministre qui lui paraît incontournable pour « une démocratie crédible ». Inscrire la composition du gouvernement dans la constitution pour limiter les risques de clientélisme dans un pays aux ressources réduites ? Les Abeilles n’abordent pas la question. En dépit du débat actuellement en cours sur les forces et les faiblesses du suffrage universel dans les réalités africaines, le parti de Dioncounda Traoré marque son choix du scrutin majoritaire à deux tours pour l’élection du président de la République et un scrutin hybride pour les législatives. La commission politique de l’Adema insiste sur le maintien des Hautes Collectivités Territoriales, approuve l’idée d’une seconde chambre mais rejette l’appellation de Sénat.

Oui également au guichet unique électoral, oui au principe de la suppléance à l’Assemblée nationale, oui bien entendu au financement public des partis mais aux clauses relues. Voilà pour l’essentiel. Ce n’est donc pas avec cette Adema que le Mali ira vers la quatrième République avec un président élu au suffrage indirect parmi ses pairs députés (malgré l’économie d’échelle que permettent la formule au plan financier et la stabilité relative accordée à ce mode de désignation). Ce n’est pas avec cette Adema que les Maliens auront leur président responsable devant le parlement, sans l’artifice somptuaire de l’institution primatoriale généralement source de blocage en cas de cohabitation et presque toujours cinquième roue de la carrosse en situation normale.

Ce n’est pas avec cette Adema que nous sortons de la minable tradition de jeter la pierre de la dérive démocratique à la seule presse privée quand les médias publics, dans leur fonctionnement quotidien, jurent avec l’essence pluraliste de la démocratie et le devoir sacré du peuple à l’information. C’est cette Adema qui ira aux urnes en 2012 avec un candidat très bien placé pour être le locataire de Koulouba pour cause d’électorat captif. Or elle a gouverné dix ans et est le parti le mieux placé pour réfléchir et infléchir notre marche vers une démocratie décente, loin du cosmétique et devenant l’incontournable raccourci pour le bien-être de tous. Dommage, elle n’a pas fait mieux que l’équipe dont elle a quasiment cannibalisé le travail.

Adam Thiam

05 Janvier 2011.