Partager

Juppé sur les bords du Niger, quelques heures après la remise au président Touré du rapport sur les atrocités d’Aguel Hoc. Et quelques semaines après l’illustre gaffe du diplomate sur les « déterminants » du dialogue qu’il estime nécessaire entre le Gouvernement du Mali et le Mnla. D’ailleurs, sur le Sahel, Juppé n’a pas souvent pris de gants. En janvier 2011 déjà, malgré les protestations de Niamey, il soutiendra que les gendarmes nigériens bousillés par les forces spéciales françaises poursuivant alors les ravisseurs de Léocur et Delory étaient des complices d’Aqmi.

Et plus récemment, ses épanchements enflammés sur Tripoli comparés à sa tiédeur précautionneuse sur Damas. Alors, Juppé chez nous pour faire amende honorable? Non, il était là surtout pour le candidat Sarkozy. Lequel donnerait tout pour reprendre des griffes d’Aqmi six de ses compatriotes deux étranges aventuriers enlevés à Hombori il y a trois mois et quatre techniciens kidnappés au Niger en septembre 2010. Ceux-ci entament donc le dix-huitième mois d’un calvaire inhumain et condamnable dont notre pays est accusé d’être l’hôte.

Le rapport d’Aguel Hoc, s’il prouve qu’Aqmi s’attaque aussi à nos intérêts nationaux et de la manière la plus atroce possible, atteste ironiquement de l’existence de la nébuleuse jihadiste dans notre pays qui le paie, d’ailleurs, de son industrie touristique pratiquement asphyxiée aujourd’hui. Toute vie humaine étant sacrée, les otages traînés de grotte en grotte sous une température tout aussi cruelle que leurs ravisseurs, méritent liberté. Mais faire d’eux une donne électorale autorise toute éventualité. Celle d’une opération spéciale dans laquelle la France n’a pas brillé, en tout cas dans le précédent des otages de Niamey.

Ou la libération contre rançon. Personne à part les initiés n’en aura la preuve et ce sera donc commode de nier après. Mais il suffit que l’argent soit entre les mains des ravisseurs pour décupler leur pouvoir de nuisance et leur magnétisme. La rébellion en sait quelque chose depuis Aguel Hoc. Juppé aussi. Mais qui peut se passer de six potentiels grands électeurs pour un candidat qui n’a plus de miracles à proposer ?

Adam Thiam

27 Février 2012