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A Ouagadougou, dimanche dernier, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, a estimé que le «dialogue est inévitable avec Ansar dine et le MNLA». C’était à l’issue d’une audience que lui avait accordée le Président du Faso, Blaise Compaoré. Celui-ci, médiateur de la CEDEAO, avait déjà rencontré ces deux mouvements terroristes, lesquels ont tendu la main à Bamako pour un «dialogue politique».

Mi octobre, la Résolution 2071 de l’ONU exhortait les autorités de transition maliennes, les groupes rebelles maliens et les représentants légitimes de la population locale du Nord du Mali à entamer, dès que possible, un processus de négociations crédible, en vue d’une solution politique viable, dans le respect de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale du pays.

Elle priait le Secrétaire général, les pays voisins, les pays de la région, les organisations internationales et régionales et les partenaires bilatéraux d’accompagner le processus politique malien.

Dès lors, le dialogue, la discussion, la négociation devenaient incontournables. On ne peut pas faire la guerre sans diplomatie avant, pendant ou après celle-ci. C’est une réalité, une nécessité, et le Mali ne saurait déroger à cette règle universelle, imposée à la fois par la nature et par les organisations internationales, notamment la CEDEAO et l’ONU.
Toutes les guerres mondiales (1914 – 1918 et 1939 – 1945) ont pris fin autour d’une table de négociations. Les plus récentes, en Irak, en Yougoslavie, en URSS, en Afrique, notamment en Sierra Léone, au Rwanda, au Burundi, en Côte d’Ivoire, en sont également passé par les discussions.

Maintenant, le plus important est de savoir quoi discuter et avec qui? Là, tous les Maliens sont unanimes: ni l’intégrité du territoire ni la laïcité de l’Etat ne feront l’objet d’un quelconque marchandage. Quant aux interlocuteurs de l’Etat malien, ils ne devront en aucun cas avoir les mains tachées de sang.

Le Président par intérim, Dioncounda Traoré, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra et le Président de l’Assemblée nationale par intérim, Younoussi Touré, l’ont réaffirmé à maintes reprises.
A quelques jours du vote du Conseil de sécurité (le 26 novembre) pour l’autorisation de la force militaire au nord du Mali, Conseil qui a demandé au gouvernement du Mali d’entamer «dès que possible, un processus de négociations crédible…», la sortie du Premier ministre à Ouagadougou, désormais fief du MNLA et d’Ansar dine, est donc opportune. C’est une opération de séduction, destinée aux Européens et aux membres du Conseil de sécurité. Parce que le vote définitif de la Résolution n’est, pour l’instant, pas acquis.

A cause d’un petit détail, le document de la CEDEAO entériné par l’UA, pourrait être rejeté. Il ne faut donc donner à personne l’occasion de dire que la Résolution 2071 a encouragé l’ouverture des négociations et que Bamako est resté muet, malgré la main tendue des deux mouvements. Vu sur cet angle, l’intervention du chef du gouvernement est à saluer.

Cheick Modibo Diarra joue donc sur un double registre et se met au même niveau que la communauté internationale: préparer la guerre et favoriser dans le même temps un canal de dialogue. Ce dernier mot choque bien des Maliens, eu égard à tout ce qui s’est passé. Mais sachons raison garder, comme le dit IBK, car la résolution définitive de ce conflit ne pourra se faire ni sans l’emploi légal de la force, ni, bien sûr, sans négociations.

Chahana Takiou

22 Septembre du 22 Novembre 2012