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« Nous tenons à l’unité du Mali, même si des discussions avec les Touaregs sont nécessaires » Sarkozy dixit. Il y a à la fois de la schématisation et du mépris dans cette phrase. Mais elle n’est pas imputable au surmenage de la campagne présidentielle que l’Hexagone connaît et qui pourrait voir le président hyperactif écoper d’un carton rouge. Les propos traduisent un état d’esprit, voire une idée fixe chez les décideurs français en particuliers et occidentaux en général, à savoir que les hommes bleus ont un territoire à eux tout seuls.

Au Mali, en tout cas, il n’en est rien. Les Touaregs font partie des plus vieux peuplements de la zone. Personne n’est plus malien qu’eux à ce titre. Mais aucune région du pays n’appartient à aucune communauté et aucune ethnie en particulier. D’ailleurs, s’agissant des régions de Tombouctou et Gao, la communauté avec laquelle Sarkozy nous appelle à discuter constitue la minorité.

Kidal, c’est différent mais elle appartient aussi bien à la majorité targui qu’aux minorités arabes, sonrai ou bamanan qui ont choisi d’y vivre en application de leurs droits constitutionnels. L’action de la rébellion ne vise pas à récupérer des territoires antérieurement annexés mais à remettre en cause, par la force, les frontières héritées par le Mali indépendant.

Et ce projet ne recule pas en dépit du bémol qu’on croit percevoir dans les déclarations d’Ansardine et même du Mnla. Au contraire, il avance implacablement avec la nomination en cours de gouverneurs désignés par la rébellion et le ralliement progressif à la cause indépendantiste de communautés et de leaders dont le plus emblématique est le maire Kounta de Anefis. Sarko aurait été sensé s’il avait demandé non le dialogue avec les Touareg mais avec les régions. Et toutes les régions car toutes frémissent pour une forme d’Etat dont ils ne sont pas les sujets mais les acteurs.

Toutes escomptent sur place les opportunités dont ne disposent que la capitale et son élite. Le vrai débat est là et jeter du lest sur ce terrain est simplement la condition de la survie du Mali et de bien d’autres Etats jacobins du continent. Mais Sarko n’est pas le seul à avoir tort. Bamako englué dans les questions institutionnelles ne semble pas réalliser qu’à un seuil, la rébellion ne négociera pas, que l’intégrité du Mali n’intéresse personne, et que la vraie cible c’est Aqmi. Mais une cible que peu d’entre nous se résoudront à aller déloger des grottes.

Adam Thiam

Le Républicain du 19 avril 2012