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Plusieurs fois en 2010 et en 2011, l’aviation mauritanienne a frappé des positions supposées d’Aqmi sur notre territoire. Nouakchott a ensuite nié les bavures, avant de s’excuser timidement et de faire quelques dédommagements derrière le comptoir.

Abdel Azziz a repris ces frappes dimanche 11 avril, blessant, à ses dires, de présumés salafistes retournant de leurs emplettes dans un marché des environs de Tombouctou. Pas de dégâts collatéraux rapportés, cette fois-ci, heureusement. Mais la question n’est pas seulement là. C’est que si jamais Bamako n’a officiellement protesté contre cette conception quelque peu cavalière du droit de suite existant entre les pays dits du champ, les autorités administratives locales, elles, n’y goûtent pas du tout. Un maire, avait, par le passé, menacé de poursuivre Nouakchott devant la justice.

Et un vice président de l’Assemblée du Mali s’était publiquement indigné de ces raids sur le territoire malien. Les rancoeurs, comme les diplomaties africaines en ont le secrets furent sacrifiées sur l’hôtel de la normalisation entre Bamako et Nouakchott dont Aqmi a pourri les relations, et sans doute plus durablement qu’il n’y paraît. Mais entre le raid franco-mauritanien de juillet 2010 et l‘équipée solitaire de mars 2012, seule une donnée demeure : c’est toujours notre territoire qui est utilisé. Pour ce qui est d’Aqmi, les Maliens des campements comme des bureaux ne peuvent plus dire qu’elle n’est pas leur combat.

Si comme l’assure l’argumentaire officiel malien, c’est bien cette nébuleuse qui a massacré près d’une centaine de nos soldats à Aguel Hoc. Et si c’est encore elle qui prête une main décisive à d’obscurs séparatistes venus troubler la quiétude d’un pays qui fut parmi l’un des rares au monde à dire à sa rébellion en 1990 « nous comprenons votre combat mais rembarrez les fusils et venez à la table de négociation ». Le président mauritanien ne se gêne plus vis-à-vis du Mali auquel il ne laisse, depuis quelque temps, qu’un choix : celui de l’embarras.

Adam Thiam

14 Mars 2012