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Il a juré la mise à mort de la Françafrique, mis en garde contre les élections bananières et évité de faire de l’immigration et de l’islam l’épouvantail classique qu’en fait la droite. C’était presque tout ce qu’on pouvait percevoir de la doctrine africaine de Hollande lors de la campagne présidentielle. Normal, comme on peut être tenté de le dire après le chantre de la présidence normale, car pas plus que l’Amérique du semi-Kenyan Obama, il y a deux ans, la France de Hollande ne sera pas une puissance extravertie. Elle existera d’abord pour la France en crise dans une Europe qui convulse elle aussi.

Elle ne sera pas là pour héberger la misère du monde et cet avertissement mitterrandien vaudra pour le nouveau patron de l’Elysée. Pour vrai, l’Afrique porte la responsabilité première d’une gouvernance scandaleuse qui, à âge égal et à moyens égaux, a propulsé l’Asie à la porte de l’émergence. Mais il est également indiscutable que d’autres dont la France ont donné aux forces du recul le bouclier qui leur ont permis d’écumer leurs pays. Il n’y a pas, non plus, de doute que l’ordre économique actuel, sous le couvert d’une mondialisation assimilatrice, pénalise les plus pauvres.

C’est pour corriger ou tenter de corriger les responsabilités de la France dans la dérive du continent le plus sensible pour le monde demain que Hollande est attendu. Il a les hommes et les femmes de cette mission.

A commencer par le Premier ministre Jean Marc Ayrault, le maire d’une ville qui est allé beaucoup plus loin que l’Afrique elle-même dans le devoir de mémoire sur l’esclavage et qui abrite depuis bientôt une décennie ce Davos des droits universels sociaux et économiques qu’est le forum de Nantes. Il y a Christiane Taubira, celle qui a proposé le rapport le plus poignant sur l’injustice et le déséquilibre des Accords de Partenariat Economique. Il y a Manuel Valls, le Malien tout simplement qui connaît comme sa poche le bassin d’émigration de Kayes dont les ressortissants peuplent les foyers parisiens.

Et puis, on ne peut pas ne pas remarquer le souci du développement durable derrière le tout nouveau ministère du développement à la place du classique ministère de la Coopération qui aura, plus d’une fois, servi de lavothèque à de sinistres dictatures. La synergie de l’équipe Ayrault a tout pour être le bistouri de la chirurgie profonde dont la relation Afrique-France a besoin. Et l’Afrique ne demande pas plus.

Adam Thiam

17 Mai 2012