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Certes le président Beshir, groggy par l’accueil immense que Salva Kir lui a réservé à Juba, semble faire contre mauvaise fortune bon cœur. Certes, l’indépendance du Sud-Soudan ne résulte pas d’un coup de tête et avait été déjà envisagée dans les accords soudano-soudanais de 2005 qui mirent fin à vingt ans d’une guerre sanglante pour le Sud et ruineuse pour le Nord. Certes, le Soudan ressemble aux plans biologique et climatique et donne l’impression de deux pays sécables sans risque. Mais attention, ce n’est pas l’hymne à la démocratie qui se joue au Sud-Soudan dimanche.

C’est plutôt son exact opposé. Alpha Oumar Konaré, alors président de la Commission de l’Union africaine, l’avait dit, le 5 février 2005 lors d’un échange franc et prophétique à John Garang qui mourra quelques semaines plus tard. L’Union africaine avait, elle aussi, exprimé ses inquiétudes lors de son dernier sommet. Pour le prédécesseur de Jean Ping, le Soudan avait la réponse à sa crise identitaire et à ses conflits meurtriers : c’était le principe accepté du fédéralisme qui ne devait plus rester un vœu pieux mais devenir une réalité pour l’unité du Soudan et la stabilité de la Corne de l’Afrique à grands aléas sécuritaires dont l’extrémisme religieux n’est pas le moindre. Car imaginons seulement en Ethiopie des actes comme celui qui vient d’endeuiller les coptes égyptiens ! Sans parler du brasier somalien et de la cellule dormante qu’est l’Erythrée.

L’indépendance du Sud Soudan, il faut le craindre ne tempérera pas les risques sécuritaires de la Corne. Elle pourrait plutôt les aggraver en laissant un Nord Soudan face à l’islamisme qu’il n’a jamais su totalement exorciser et dont l’apôtre, le rusé Hassan El Tourabi, vit aujourd’hui à Doha, possible préfiguration d’un futur gouvernement d’exil. Car que Khartoum tolère ou non l’amputation du Sud-Soudan, le Darfur de Tourabi, avec notamment ses gisements pétrolifères, deviendra son principal enjeu. Rien qui plaide pour la stabilité régionale.

Or, c’est la crainte des leaders du continent, l’effet domino d’un Sud Soudan indépendant n’est pas à exclure pour bien des Etats africains comptant moins de nations brassées et consentantes que d’ethnies -nations tenues en respect par la politique de la canonnière mais qui serait encouragée par la jurisprudence soudanaise -si Juba devient la capitale d’un nouvel Etat, ce qui est plus que plausible-. Conjectures peut-être mais la réalité est que dimanche, le Soudan joue son avenir et impose à l’Afrique son test de maturité.

Adam Thiam

05 Janvier 2011.