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Au sud du continent africain, on caressait le rêve de voir les printemps arabes donner un nouveau Maghreb fort de trois atouts : d’abord rendre possible le binôme émergence économique et équité dans la redistribution à la place des affiches dissimulatrices des Club Med ; ensuite jeter un pont plutôt qu’ériger un mur entre le reste de l’Afrique et l’Europe ; enfin bâtir des démocraties sincères pour tirer vers le haut des Etats qui excellent à faire semblant.

Il est vrai qu’ici et là, le souffle de la révolution a ouvert la voie à étroitement surveiller d’un islam qui tient plus du repli identitaire que du fanatisme religieux. Mais Tahrir incarne encore le refus du coup d’Etat permanent, il est donc imprudent de crier à la récup. Et puis s’il est trop tôt de se prononcer sur la Libye, le Maroc, lui a anticipé en préférant le débordement à la rupture. Surtout, Moncef Marzouki, du pays-épicentre que fut la Tunisie tient haut la flamme allumée par Bouazizi. Car ceux qui suivent le médecin-écrivain de 67 ans savent que Marzouki ne supporte pas les schémas réducteurs que l’Occident bien pensant applique à la question musulmane.

Et l’ancien interne des hôpitaux de Strasbourg qui préside aujourd’hui aux destinées de la Tunisie a des arguments contre la caricature. Sa dialectique est, en effet, redoutable et sa connaissance des schèmes cartésien et judéo-chrétien ne fait aucun doute. Surtout il n’est pas en situation d’infériorité comme le sont souvent le corrupteur occidental et le corrompu africain. A travers son discours sur la gouvernance prédatrice de Ben Ali, il tient un procès pour les peuples africains, celui des kleptocraties qui ruinent les perspectives pour les générations montantes. Mais au-delà d’une certaine éthique et morale en politique, l’attrait de Marzouki réside dans l’intérêt jusque-là affiché pour l’Union africaine.

Il en est à sa deuxième présence aux sommets de cette organisation que boudent le plus souvent les leaders de l’Afrique du Nord. En février, il a abordé publiquement la question de la relation Algérie-Maroc, les rares voisins du monde à encore avoir leurs frontières fermées, tout autant qu’il a affirmé sa foi dans l’Union pour la Maghreb Arabe jusque-là une arlésienne plus qu’un levier de la diplomatie maghrébine. Marzouki incarne le nouveau leadership africain. S’il échouait, il n’aurait pas échoué que pour la Tunisie.

Adam Thiam

Le Républicain du 18 Juillet 2012