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Si la riche documentation algérienne sur le GSPC est recevable, il ne saurait y avoir de relation hiérarchique entre Abuzeid et Belmokhtar. Tous deux sont chefs de Khatibat, ils relèvent de Jouhadi l’émir de la zone 9, ils activent, chacun dans son territoire dans une nébuleuse dont la chaîne de commandement n’a rien à voir avec celle de la Wehrmacht et où la survie dépend de l’autonomie de jugement et de mobilité. Donc que l’un fasse pression sur l’autre contre la libération de Albert Vilalta et Roque Pascual, les deux derniers otages espagnols aux mains d’Aqmi, paraît, pour le moins, bizarre. Cela reviendrait à créditer l’hypothèse improbable de divergences doctrinales entre les deux.

Or, à défaut d’être le vin du même tonneau, ils sont les deux faces de la même monnaie : Abuzeid, l’exécuteur, chargé d’appliquer à la lettre, le verdict rigoriste du salafisme quand il n’y a plus rien à attendre des négociateurs et Belmokhtar, le logisticien dont la mission est de trouver et d’acheminer « la dîme » au QG. Donc, avec ou sans le raid du 22 juillet dernier, les Espagnols avaient des soucis à se faire. Voici pourquoi: ces otages entament bientôt leur dixième mois de captivité. La zone 9 avait habitué à plus de diligence et c’est le signe que quelque chose cloche.

Ce ne peut être une question de rançon – le gouvernement espagnol ne prend pas la doctrine anglo-saxonne pour la bible- ni de filière de paiement, le mécanisme étant rôdé. D’ailleurs, des trois humanitaires kidnappés le 18 décembre 2010, seule Alicia Marquez, a été libérée après trois mois de captivité. Durcissement salafiste donc et la raison est à rechercher dans le mandat d’arrêt mauritanien émis contre Belmokhtar en mars.

Car c’est bien la première approche judiciaire contre un chef de Khatibat du Sahel, hormis le cas très troublant d’El Para qui, loin du prétoire hautement médiatisé de l’époque, se la coulerait douce, aux dires du célèbre opposant Zitout, dans un hôtel particulier de la capitale algérienne. La vérité pourrait bien être que Belmokhtar, sur avis ou bénédiction de Droudkel, a décidé de faire de ses deux otages ses boucliers vivants. Et non sans raison.

Cela a d’ailleurs marché. Car paradoxalement, l’objectif mauritanien, lors du raid du 22 juillet, n’était pas Belmokhtar qu’il veut vif ou mort et qui a fait enlever ses cibles entre Nouhadibou et Nouakchott mais Abuzeid qui avait pourtant fini par libérer le couple italien Segala. Il est vrai, hélas, que le poker franco-mauritanien du 22 juillet, ne peut pas être une bonne nouvelle pour les otages catalans.

Adam Thiam

16 Aout 2010