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S’il reconquiert le Nord, seul ou avec l’assistance extérieure, l’Etat aura certes rétabli les frontières nationales. Mais il aura à administrer différemment des populations traumatisées par les viols, les meurtres, les braquages, les spoliations, les profanations et les destructions de leurs lieux de culte. Il devra se dire, une fois pour toutes, que sa relation aux régions Nord sera irréversiblement changée.

Car des populations restées sur place ou émigrées malgré elles, luttant pour leur dignité pendant que leur bouclier fuyait, n’accepteront plus la gestion abusive qu’était avant celle de gouverneurs, préfets, sous-préfets, maires ou techniciens divers. La remise en cause de la relation sera aussi profonde que la douleur impuissante de ceux qui voient l’extrémisme religieux multiplier par zéro des siècles d’histoire et de pratiques.

Car, en s’en prenant à la mosquée de Djinguirayber ou au mausolée, entre autres, de Sidi El Moktar, Aqmi détruit provisoirement -la reconstruction étant possible- des lieux de prière, mais il entame durablement la confiance entre Tombouctou et l’Etat malien. Une fois la guerre finie et il faut espérer que cela soit dans les semaines à venir, il s’agira pour les représentants de l’Etat de pouvoir regarder en face ces jeunes et ces femmes de Kidal, Gao et Tombouctou restés sur place pour se battre. Sans illusions, sans moyens mais convaincus que l’honneur c’est plus de faire face que de vaincre.

Une fois la guerre finie, la mère de toutes les batailles pour l’Etat recouvré sera d’accepter ce qu’il a refusé de concéder ces dix dernières années aux gouvernés : la dévolution des compétences et des pouvoirs que doit porter tout projet de décentralisation. C’est donc maintenant que nous devons anticiper pour toutes nos régions le type de gouvernance qu’imposera le Nord malien libéré. Anticiper sans mettre la tête dans le sable. Anticiper au nom de l’Etat rationnel et équitable.

Adam Thiam

11 Juillet 2012