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Au moment de plier bagages, la transition malienne peut faire ses comptes. Avec des marchés et ses auto-promotions controversés, elle réussit la prouesse de léguer au Président élu, un Etat entier avec quelques problèmes de réconciliation et de souveraineté par endroit, que le nouveau Capitaine de bord a promis de prendre en charge.

Parlant de comptes, on peut faire l’audit des marchés controversés, et pour ça le Vérificateur général n’a pas attendu pour fouiner à la Direction générale de l’Administration des biens de l’Etat. Avant que son rapport ne soit définitif, le ministre des Finances Abdel Karim Konaté s’est voulu rassurant en rencontrant la presse. « Toutes les dépenses depuis les événements du 22 mars 2012 se font dans le cadre des inscriptions du budget 2013 et par conséquent, de cette date à maintenant, il n’y a pas de dépenses extrabudgétaires ». Mieux, à l’heure des bilans, il lègue au nouveau pouvoir élu, plus de 4 milliards de FCFA logés dans un compte spécial au titre de l’effort de guerre. Le trésor malien ne connait pas actuellement de problème de liquidité avec le décaissement de l’Union européenne de près de 60 milliards de FCFA.

Depuis qu’il a pris les rênes de l’hôtel des Fiances, il y a moins d’un trimestre, pas un seul véhicule de l’Etat n’a été admis à la reforme et aucun bâtiment de l’Etat n’a été vendu. Mais bien avant, il y a eu le marché de véhicules par entente directe portant sur 2,2 milliards de CFA, le marché de la troisième licence de téléphonie portant sur 55 milliards, celui des véhicules de l’Armée avec les 9 milliards de l’accès universel du Comité de régulation de la Télécommunication. D’autres marchés étaient en cours. Si l’achat de 500 véhicules pour les commerçants a été abandonné, le projet d’installation d’une fibre optique pour les communications de l’armée malienne, est à l’étude.

Au-delà des marchés, que dire des avantages administratifs d’auto-promotion des autorités civiles et militaires, certains gelés d’autres fêtés ? Six projets de lois ont été gelés sur des avantages financiers aux Présidents et anciens présidents de la République, au Premier ministre et anciens premier-ministres, aux ministres et anciens ministres. La transition a fait de nouveaux généraux dans l’écurie des putschistes, le chef de la junte s’en tirant avec quatre étoiles, même s’il perd le contrôle à la Reforme des forces de Défense et de Sécurité. Quelle fin de transition avec son lot de mesures exceptionnelles ! Quand les victimes se sentent obligés d’applaudir l’auto-promotion des bourreaux, il s’agit de mesures exceptionnelles. Comme si on faisait fi de la présence des forces onusiennes et de son chef Bert Koenders, comme si un ‘’syndrome de Stockholm’’ nous faisait oublier déjà que l’opération Serval a existé et que des forces africaines nous sont venues en aide pour que nous puissions vivre aujourd’hui en République laïque du Mali.

B. Daou

Le Républicain du 2 Septembre 2013