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La junte avait fait preuve d’une grande sagesse en permettant, en deux semaines, le retour à la légalité constitutionnelle. Ce qui épargna aux Maliens l’étranglement par les sanctions. Car notre pays extraverti et sous perfusion a besoin de ses voisins et de ses bailleurs de fonds. Pourtant, le Capitaine Sanogo doit encore des gages pour éviter que la légalité constitutionnelle retrouvée ne débouche sur un monstre à trois têtes. La sienne d’abord : car le Capitaine aura du mal à convaincre qu’il n’est pas en train de tenter de reprendre la main à travers les interpellations de personnalités, quelles que soient les raisons invoquées.

La tête de Dioncounda Traoré ensuite qui, malgré les manœuvres très étroites d’un président intérimaire, doit être un peu plus qu’un intermittent du spectacle qui ne peut continuer à dire, impunément pour le Mali qu’il n’était « pas au courant ». Et la tête enfin de Cheikh Modibo Diarra dont les accords de la Cedeao font la clé de voute de la transition. Les missions principales du nouveau Premier ministre sont, certes, de rétablir l’intégrité du territoire et de conduire le pays à des élections acceptables. Mais il reste tenu par le respect des droits constitutionnels des citoyens et par la gestion des affaires courantes.

L’astrophysicien se serait sans doute passé du communiqué inquiet de l’Union européenne sur le respect des libertés fondamentales par l’ex-junte. Ou de la nième visite de la Cedeao chez nous, nos compatriotes ne pouvant goûter pour longtemps d’être grondés ou rappelés à l’ordre par nos voisins. Donc pas d’improvisation. Car il a beau être le scientifique africain le plus connu du moment, Diarra devra relever deux grands défis. Premièrement, la gestion du panier à crabe malien dans lequel heureusement il n’est jamais tombé. Et deuxièmement, la neutralité en tant que beau fils d’un ancien président, certes refugié dans le chapelet, mais désormais mis en filigrane par la nouvelle donne.

Adam Thiam

18 Avril 2012