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Pour le grabataire donné mourant par ses adversaires, Abdel Aziz n’est pas rentré sur une civière au pays. Mais plutôt en conquérant triomphalement accueilli, sans la sonde médicale et les béquilles dont son opposition l’avait affublé avant de dire sous le manteau que les jours du président étaient comptés et qu’il fallait le remplacer sans tarder. On savait déjà par les propos de Birago Diop sur les « Nars » que Nouakchott était la capitale de la rumeur.

Car voici Aziz de retour, revenant de surcroît pour la fête de l’indépendance de son pays, égrenant ses réalisations, annonçant une hausse substantielle des salaires et zappant, en grand seigneur, toute référence à sa santé. Il relèvera certes de l’exploit, au cours du point de presse qu’il est censé tenir ce matin que le président évite de revenir sur les circonstances de l’incident-accident à la base de son évacuation en France, voici près de deux mois. Mais quoiqu’il arrive, le président est revenu au Sahel plus fortuné que Sarkozy dont il passait pour la marionnette et qui, après une amère défaite électorale se trouve réduit à essayer de plâtrer la « fracture morale et politique » de son parti.

Et aussi plus fortuné que son ancien frère ennemi Amadou Toumani Touré victime collatérale d’une Aqmi que Aziz s’est plu à bombarder tout 2010 et 2011 avant de se distancer aujourd’hui de toute intervention militaire contre la nébuleuse qu’il n’eut de cesse de qualifier de narcoterroriste. Du président miraculé qui flirta un temps avec le Mnla et qui héberge sur son sol des milliers de victimes de la sanglante odyssée de ce mouvement, odyssée désormais confisquée par Belmoktar et consorts, on aimerait davantage comprendre les préventions nouvelles.

Il devrait être plus explicite et plus convaincant sur les raisons pour lesquelles, l’intervention militaire contre ce qu’il avait lui-même qualifié de crime organisé soutenu par le pouvoir malien n’est plus souhaitable. Il devra surtout nous dire après avoir douté des chances de négociation avec Mnla et Annsardine, comment il entrevoit la lueur d’espoir pour le Sahel. Aziz affronte son test de cohérence. Il aura sans doute l’intelligence d’éviter les boutades et les paraboles qui impressionnent sans convaincre.

Adam Thiam

Le Républicain du 29 Novembre 2012