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Les écrivains maliens, comme tous les autres, à travers leurs œuvres, évoquent les maux dont souffre notre société et nous proposent souvent des remèdes. Les sources d’inspiration et les thèmes sont aussi variés et multiples qu’il y a d’écrivains. Issa Baba Traoré par exemple, s’intéresse au passé dans ses contes et récits du terroir, dans « Komi Diossé », il retrace une des pages glorieuses de la résistance soudanaise à la pénétration coloniale. Avec « si le feu s’éteignait », « Janjon et autres chants populaires du Mali », Massa Makan Diabaté nous fait revivre quelques pans des épisodes les plus fabuleux du passé. Dans « les sans repères » d’Albakaye Kounta, l’écrivain poète venu dans le roman à travers la poésie, dénonce avec force l’esclavage et parle aussi du triomphe de l’amour. Outre ces récits qui permettent aux jeunes générations de connaître mieux le passé et d’en tirer des leçons, les écrivains maliens évoquent dans leurs œuvres, nos traditions, mœurs et coutumes.

Dans « sous l’orage », Seydou B. Kouyaté se montre défenseur éclairé de la tradition et oppose fréquemment les deux unités parallèles et parfois antagonistes, la ville et le village.

Dans « Comme une piqûre de guêpe » Massa Makan Diabaté restitue les étapes qui conduisent le jeune garçon de l’enfance à l’âge viril, marqué par le rituel de la circoncision.

L’écriture au Mali a connu ses heures de gloire. Certains écrivains Maliens sont inscrits aujourd’hui au Panthéon de l’histoire, avec des prix prestigieux comme le prix Renaudot qui a été décerné à Yambo Ouologuem pour son roman « devoir de violence », qui à la fois, par sa thématique et son écriture, s’inscrit radicalement à contre-courant des thèses lénifiantes diffusées par le mouvement de la négritude.

Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Le secteur du roman, s’il fait la fierté du Mali, ne fait pas vivre les acteurs : les écrivains aussi bien que les libraires, les éditeurs ou les autres acteurs du livre peinent à vivre du fruit de leur travail. Cela s’explique par plusieurs facteurs qui sont : le coût élevé du livre, l’ignorance de l’importance du livre par les Maliens, la mauvaise sensibilisation de la population pour la lecture ou du fait que plus de la moitié de la population est analphabète…

Les écrivains, pour leur survie, exercent toujours d’autres métiers : Mandé Alpha est vétérinaire, N’Tji Idriss Mariko enseigne à la FLASH, Ousmane Diarra est bibliothécaire…
Dans ces lignes qui suivent, nous avons voulu jeter un éclairage sur un métier qui fascine, mais qui est loin d’être un eldorado pour ceux qui l’exercent…


MANDE ALPHA DIARRA, ECRIVAIN

« Il faut aussi que les éditeurs jouent le jeu »

Ecrivain Malien parmi les plus connus, il est l’auteur de « Sahel sanglantes sécheresses », de « La nièce de l’Imam », « Rapt à Bamako » et des collectifs comme « Paris Dakar et autres nouvelles ». Avec lui, nous évoquons ici la vie de l’écrivain et les difficultés du métier.

Mandé Alpha ou Thio Diarra à l’état civil, est né en 1954 à Nokon dans le cercle de Kolokani, dans la région de Koulikoro. Après des études primaires à Nokon, le secondaire à Nionzombougou, Alpha mandé a fréquenté, après le DEF, les établissements de Sevaré (10e), de Markala (11e), et de Badala (12e) où il obtint le diplôme de baccalauréat. Il s’envole alors pour des études de vétérinaire à la Maison Alfort (Val-de-Marne) de Nice et de Rouen. Il fit également des études de journalisme en France où il se marie et retourna vivre au Mali. Il intègre la CMDT et travaille dans les cercles de Koutiala et de Fana.

Fan des histoires que sa grand-mère lui racontait depuis son enfance et ayant comme matière favorite la littérature à l’école, Mandé Alpha choisit l’écriture comme moyen de communication. Il commença à écrire en 1976 par Sahel Sanglantes Sécheresses paru en 1981, des collectifs Pourquoi écrivez vous en 1985, Paris Dakar et autres nouvelles en 1988, La nièce de l’Imam en 1994, entre 1999 et 2000 Rapt à Bamako et autres collectifs.

Mandé Alpha fait une peinture de nos sociétés à travers ses œuvres. Il y parle de la corruption de nos sociétés, évoque les conditions de la femme dans le Sahel et l’animation politique de nos nouvelles démocraties.

Père d’une fille, Mandé Alpha Diarra, actuellement responsable de communication à la CMDT de Bamako a des projets d’écriture en vue dont un recueil de nouvelles et une suite de Rapt à Bamako.


Les Echos : vous vivez au Mali, mais vous publiez en France, cela ne vous pose-t-il pas de problème en terme de langage, d’édition et de diffusion de vos œuvres au Mali ?

Mandé Alpha Diarra :
L’écrivain malien que je suis et ayant hérité le Français du colonialisme comme langue officielle, j’écris en français bien que j’ai une langue maternelle. De plus je me sens plus à l’aise lorsque j’écris en français qu’en bambara. Mon souhait est d’atteindre le maximum de mes compatriotes et Africains en langues nationales.

En ce qui concerne l’édition, il est vrai que les publications en Europe posent beaucoup de problème : coûts élevés du livre, du transport, des taxes imposées à l’importation. Aussi à partir de La Nièce de l’Imam, j’ai opté pour la coédition (entre une maison d’édition française et malienne). Pour ce qui est de la diffusion, cela dépend des structures de diffusion qui ne sont pas très bien développées au Mali. Il n’existe pas de sociétés de distribution de livre et de presse à travers le pays. Chaque maison d’édition se débrouille à sa façon.

Les Echos : Cette politique vous donne t-elle satisfaction ?

M.A.D :
La coédition ne résout pas tout le problème de l’accessibilité du livre aux publics malien et français, mais l’allège énormément si elle est appuyée par des institutions d’aide à la promotion du livre. Il faut aussi que les deux maisons jouent correctement le jeu.

Les Echos : Quelle politique du livre alors ?

M.A.D :
J’entends par politique du livre, toutes les mesures prises par l’Etat pour favoriser et développer l’édition et la diffusion de la lecture au Mali. Compte tenu du contexte malien, cela signifie qu’il faut alléger toutes les charges qui pèsent sur les entreprises et services de ce secteur c’est-à-dire maison d’édition, librairie, société de distribution, bibliothèque. J’entends par charge toutes les taxes à la frontière et à l’intérieur qui pèsent sur les livres et tous les matériaux entrant dans la fabrication du livre, je pense qu’il n’existe pas de texte législatif dans ce sens. Cela dit, soyons honnêtes, en tant que président de l’association Etonnants Voyageurs, l’Etat, à travers le ministère de la culture, la présidence et les structures de coopération de la culture ont toujours apporté leur soutien financier franc aux différentes manifestations d’associations littéraires comme le festival Etonnants Voyageurs, Lire en fête, cafés littéraires. Mais tout cela apparaît comme des actions non enchâssées dans un ensemble législatif cohérent.

Les Echos : A ce propos, l’actualité littéraire malienne est riche depuis quelque temps en activités comme vous venez de le souligner ci-dessus. Avez-vous pris part en tant que président de l’Association Etonnants voyageurs Bamako à la rentrée littéraire qui vient de se dérouler ?

M.A.D :
Non je n’en ai pas été informé, je l’ai su comme tout le monde à travers la presse écrite et télévisée.

Les Echos : Comment cela se fait-il ?

M.A.D :
J’ai cru comprendre que c’était une opération montée par le ministère de la Culture et une nouvelle maison d’édition qui vient d’annoncer sa création par deux personnes.

Les Echos : Voulez-vous dire par là que vous ne l’approuvez pas ?

M.A.D :
Pas du tout. Je l’approuve tout à fait dans son principe d’autant que l’idée d’un prix littéraire Yambo Oueleguem, Massa Makan Diabaté et d’un prix du 1er roman vient des réflexions de l’Association Etonnants Voyageurs Bamako soumise à son temps au ministre Cheich Oumar Sissoko. Ce dernier nous avait donné tout son appui disposant de possibilités de financement proposé à l’Italie. Si d’autres réalisent le projet à la place d’Etonnants Voyageurs pour le bénéfice de tous les acteurs du livre, je ne peux que l’encourager vivement. Mais là où je me pose la question c’est que le ministère de la Culture, une structure étatique supporte et finance les activités d’une maison d’édition à peine créée et qui est par excellence une entreprise commerciale. De plus, que le ministère de la culture ait ignoré l’ensemble des acteurs de la filière livre comme l’Omel, l’Association des libraires, l’Association des écrivains maliens et toutes les autres associations de promotion de livre de la place ; que le ministère de la Culture au lieu d’organiser, de structurer et d’appuyer les associations d’acteurs du livre tend à se substituer à elles dans l’organisation des manifestations littéraires et culturelles est troublant.

Les Echos : Quel impact de l’écriture voyez-vous sur l’évolution socioéconomique du pays et quelles perspectives ?

M.A.D :
Je crois pouvoir dire sans trop me tromper que la culture en général et la littérature en particulier ont eu un impact certain sur l’évolution politique de notre pays dont elles se nourrissent. En effet, à partir du roman « Devoir de violence » de Yambo Oueleguem, la plupart des romans et poèmes maliens deviennent critiques vis-à-vis de notre société. Le théâtre et la musique en font autant. Que l’on se souvienne des fameuses pièces du Kotèba national, des films de Souleymane Cissé et de Cheick Oumar Sissoko, des romans « Sahel Sanglantes Sécheresses », de « Le prix de l’âme » de Moussa Konaté, de « Les Riches de la capitale » d’Ismaila Samba Traoré, tous publiés ou joués avant le 26 mars 1991. Aujourd’hui avec la démocratisation une très dynamique presse malienne joue ce rôle de critique à visage découvert à côté des essais d’Ousmane Sow (Un Para à Koulouba), de Facoly Doumbia et le récit de Soungalo Samaké « Ma vie de soldat ». La littérature et la culture ont participé et participent toujours à l’émergence d’une société démocratique et transparente. Nos us et coutumes jugés rétrogrades ou pas ne font pas exception, ils n’échappent pas à leur examen. En terme de perspectives, je pense que la culture malienne et la littérature ont bénéficié de grandes ouvertures, d’horizons nouveaux grâce à la démocratisation politique et sociale. Un grand bouillonnement comme les festivals un peu partout à travers le pays, les rencontres théâtrales, de la photographie, des marionnettes et la bande dessinée animent la vie culturelle du pays, cela est une très bonne chose et doit être appuyé par la mise à la disposition des acteurs culturels et littéraires, des financements adéquats car ce que la culture consomme, elle le rapporte au centuple. Il faut que tout cela se passe dans une cohérence et une transparence totale.


MINISTERE DE LA CULTURE
L’adjuvant indispensable

Selon Mamadou Bani Diallo, conseiller technique chargé de communication au ministère de la Culture, ce département apporte un appui important à la filière du livre.

Le ministère de la Culture participe beaucoup à la création littéraire à travers des manifestations qu’il organise ou soutient. C’est du moins l’avis de Mamadou Bani Diallo, conseiller technique dans ce département. Pour étayer son point de vue, il cite le soutien à Etonnants Voyageurs de Bamako organisé par l’Association « Etonnants Voyageurs » en partenariat avec le ministère de la Culture et la coopération française.

Ce festival vise à développer l’usage du livre et à imposer l’écrit comme acte de développement dans les cultures africaines.
« Le ministère de la culture en partenariat avec la coopération française a créé également le projet d’appui à la filière du livre au Mali (AFLAM) en février 2000 afin de redynamiser le secteur du livre malien », ajoute-t-il.

Ce projet avait pour missions l’amélioration et la restructuration du réseau de lecture publique existant, la création de nouvel accès dans le système éducatif et la professionnalisation des éditeurs et libraires maliens pour une production et la diffusion commerciale du livre.

Afin d’enrichir le paysage littéraire malien, le ministère de la culture organise depuis 2003 des cafés littéraires, lieux de rencontre entre les écrivains et leur public en vue de débattre d’une œuvre littéraire avec l’appui de critiques avisés dans un cadre convivial d’échanges et d’enrichissements mutuels.

Le café littéraire est organisé généralement selon un calendrier mensuel et a pour but de susciter un engouement réel pour la production littéraire nationale faisant partie intégrante du patrimoine culturel. « Le ministère de la culture soutient aussi la rentrée littéraire au cours de laquelle il décerne des prix en tant qu’acteur du financement des prix ».

Sur financement de l’Unesco, le colloque du cinquantenaire des écrivains et artistes noirs fut organisé par le ministère de la Culture. Le département a également organisé en 2002 la journée nationale de l’écrivain et deux colloques à l’intention des écrivains ouest africains qui font des récits de chasseurs revêtant une valeur littéraire.



POLITIQUE NATIONALE DU LIVRE

C’est le texte qui manque le plus

Mamadou Bani Diallo, conseiller technique chargé de communication au ministère de la Culture, déclare qu’il n’existe pas une politique nationale du livre au Mali. « Dans la pratique il existe des éléments essentiels qui peuvent servir à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique nationale du livre à savoir la stimulation de la création littéraire à travers des manifestations qui sont organisées ou soutenues par le ministère de la Culture, la mise en place d’un cadre légal approprié pour la protection du droit d’auteur, l’instauration d’incitations fiscales en entendant la relecture de la législation nationale, la promotion du livre et de l’écrit par la création de bibliothèque de lecture publique, la mise en place de réseaux nationaux de bibliothèques suivies par une direction nationale, la formation initiale et continue aux métiers du livre ». « Il ne reste qu’à réunir toutes ces mesures en un seul texte légal qu’on pourrait appeler loi relative au livre », dit-il.


OUSMANE DIARRA

Une plume acérée

Ousmane Bassakoro Diarra est né en 1960 à Bassala « Didiéni » dans le Béledougou profond, en pays bambara. Orphelin déjà à deux ans, il a fait une partie de son enfance dans le village de ses parents où il a fait ses études jusqu’en 4e année. Il abandonna par la suite l’école pendant deux ans au cours desquels il a conduit les animaux aux pâturages, il retrouvera « comme une bouée de sauvetage », l’école et s’est installé à Bamako à l’age de 13 ans, chez une tante où il a continué avec ses études jusqu’au supérieur.

Il est diplômé en lettres modernes de l’Ecole Normale Supérieure de Bamako, promotion 1987. Ousmane est écrivain et conteur, professeur de lettres et bibliothécaire au Centre Culturel français de Bamako. Il est un acteur engagé de la vie littéraire au Mali.

Sa joie de vivre qui couvre sa colère tullerie ! Homérique, laquelle sauf à de rares occasions n’est lisible que dans sa littérature. Le ressort de sa colère c’est l’amour de la vie, la joie de vivre, c’est parce qu’il aime la vie qu’il est un révolté.

Pour M. Diarra, la littérature n’a pas que deux syllabes en commun avec la liberté. Il sait quel est le plus beau songe de l’homme. Ousmane ne cède jamais aux facilités du genre, il préfère les retournements de situation qui stupéfient son lecteur.

Il dénonce dans ses écrits ,l’injustice dans la société malienne et surtout africaine. C’est un solitaire dans son coin. Il est marié et père de six enfants.

Comme tout bon écrivain, qui se refugie dans l’écriture, Ousmane a écrit deux romans et des nouvelles et beaucoup de recueils de poèmes. Il envisage, dans les années à venir, de mettre sur le marché un roman pour ses lecteurs.

12 mars 2008.