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Depuis, la vie a été bouleversée dans toute la commune du Gouaniaka. Tous les jours, le rush s’amplifie vers cette bourgade qui doit son nom à feu Broulaye Traoré, le fondateur du village. Très tôt le matin, femmes et hommes, jeunes et vieux se dirigent vers le village qui abrite l’un des sites les plus riches en or de la zone. Chacun y va par ses moyens : à moto, à vélo ou par les rares véhicules de transport en commun.

Le village de Faboula et ses alentours se vident de leurs habitants.
Sur place, les chercheurs d’or passeront toute la journée à creuser et retourner la terre à la recherche du moindre scintillement de métal jaune. Le visiteur qui arrive ici est frappé par l’effervescence qui caractérise la commune dont la principale activité est l’orpaillage. 80 % des 19.000 âmes de la circonscription se consacrent à cette activité.

Parallèlement, sur les placers, le commerce est florissant. Les étals s’étendent à perte de vue et les gargotes ne désemplissent pas. L’on y trouve tout pour se restaurer à tout moment, assure-t-on. Les artisans, eux aussi, se frottent les mains. Des fabricants de pioche aux vendeuses de nourriture, en passant par les négociants, chacun trouve son compte sur les placers de Traoréla. L’or se vend le plus facilement du monde. A 12.000 Fcfa le gramme, quand même.

« L’orpaillage, relève Moussa, est la raison d’être de Traoréla ». « Le village a été fondé par un chercheur d’or. Nous avons le devoir de perpétuer cette tradition », commente t-il. L’agriculture, l’élevage ou la pêche sont à la peine. Selon le maire de Kalana Amara Traoré, l’histoire de l’orpaillage se confond avec celle de la commune. « Nos parents et nos grands parents étaient des orpailleurs. Cette activité a finalement phagocyté le secteur primaire », reconnaît l’édile. « Aujourd’hui nous avons l’électricité, l’eau, des infrastructures sanitaires et scolaires. Indirectement le métal jaune y est pour quelque chose », estime-t-il.

« C’est vrai les orpailleurs, sont pour beaucoup dans la promotion de l’or dans notre commune. C’est grâce à eux qu’il y a eu plus d’intérêt pour l’or chez nous », souligne pour sa part, Souleymane Sidibé, ancien maire de la commune et actuel député, membre de la commission énergie, mine, eau et tourisme de l’Assemblée nationale.

Mais il faut reconnaître que depuis la découverte de N’Faly Sacko, l’engouement pour l’orpaillage va grandissant. Tout change ici à la vitesse « V », commente t-il.

La société minière Wassoulor-sa, propriétaire des lieux projette de valoriser le site. Partenaire de Mansa Moussa Gold Fund, cette entreprise opère dans la localité depuis plus d’une dizaine d’années. Le permis d’exploitation de Wassoulor-sa englobe la zone de Kodieran, avec cinq gisements : Kodiérani, Kobada, Daoulila, Satikila et Traoréla.
Selon le directeur général de Wassoulor-sa, Aliou Boubacar Diallo, la reprise de Traoréla relève plus de besoins d’extension de la société que de toute autre considération.

« Nous n’avons nullement l’intention de faire déguerpir les orpailleurs sans leur proposer des sources de revenus de substitution notamment leur reconversion dans l’agriculture. Cette mesure d’accompagnement permettra de gérer la mise en exploitation industrielle du site sans heurts sociaux. L’entreprise étudie actuellement des propositions qu’elle soumettra à la communauté des orpailleurs », indique le patron de Wassoulor-sa.

Pour l’instant, les orpailleurs savourent l’indulgence de Wassoulor-sa. Une attitude qu’ils apprécient à juste titre. « Nous sommes très reconnaissants envers Diallo qui nous a autorisés à occuper ses terres. Nous sommes tous conscients du temps de sursis qu’on nous a accordé. Et nous ne serons en aucun cas ingrat envers lui s’il veut un jour récupérer ses terres. Nous sommes prêts à déguerpir les placers le jour où le propriétaire nous le demandera », promet Drissa Diakité. Le chef de brigade de la gendarmerie de Kalanan, Sidi, confirme cette attitude paisible des orpailleurs.

« De ma prise de fonction à maintenant, nous n’avons été en aucun moment confronté à des problèmes venant des placers », affirme-t-il. Quant à Amadou de Fabula, un autre orpailleur, il estime le temps venu de changer de cap. « Si l’on me donne aujourd’hui une charrue et deux bœufs de labour, je ne mettrai plus jamais les pieds sur les placers », assure t-il.

« Nous sommes en train de voir comment on peut développer l’agriculture ou des activités connexes », indique le directeur général de Wassoulor-sa, Aliou Boubacar Diallo. Cette politique n’est pas une nouveauté pour une entreprise qui, depuis sa création en 1994, s’est investi dans la dynamique du développement local. Elle a ainsi rétrocédé à la commune une école de six classes, une clinique au village des orpailleurs et construit une digue à Mounfra.

L. DIARRA

19 Mars 2009