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«Nous ne voulons plus que le pire». C’est le message largement scandé, hier 2 septembre 2010, à la porte de la direction générale de l’Union des caisses mutuelles d’épargne et de crédit Jemeni, sise à l’ACI 2000. Des dizaines de sociétaires s’étaient réunis pour dénoncer ce qu’ils appellent «une pure délinquance.»

Les sociétaires de l’Union des caisses mutuelles d’Epargne et de crédit Jemeni ne contiennent plus leur colère. Les multiples et infructueux va-et-vient pour réclamer leur solde se bute à «une mauvaise volonté de l’administration appuyée par l’État», selon eux. «Nous avons été jusqu’ici trop passifs. Le cas du Bénin [Ndlr : en référence à l’affaire d’ICC service, une affaire d’escroquerie] doit nous enseigner», a souligné une sociétaire. Plus de deux ans de difficultés économique, la situation reste ahurissante.

D’une crise de trésorerie, l’institution de micro finance s’est retrouvée en état de faillite à cause d’une mauvaise gestion de l’administration de l’époque. Cela au grand dam des sociétaires. Au niveau des caisses Jemeni, la clientèle est simplement informée (avec une politesse stratégique) qu’il n’y a pas d’argent. La situation s’empire davantage. Et les sociétaires ne cachent plus leur ras-le-bol.

Plus de 60 000 personnes seraient concernées par cette situation. C’est la direction générale qui est quotidiennement prise d’assaut par des dizaines de clients. Des sociétaires réunis à la porte de la direction générale, hier, assurent avoir eu des échos que des clients embourbés dans la faillite de Jemeni se sont retrouvés en prison pour n’avoir pu honorer des engagements.

Un client, la colère dans la gorge, nous tend son carnet dont le dépôt relève plus de 3 700 000 F Cfa. En l’espace de deux ans, la société Jemeni n’a pu lui rembourser que quelques 20 000 F Cfa. Mise sous administration provisoire depuis juillet 2009, l’espoir suscité s’est effondré. «La direction nous a fait savoir la semaine dernière qu’elle est dans l’incapacité de gérer ce problème», a indiqué un sociétaire.

C’est un comité officieux de réclamation des dus qui s’est constitué. Ce comité a rencontré le médiateur de la République (il y a environ un mois) et les services de la primature (il y a une semaine) qui se sont engagés à s’investir dans une recherche de solutions. Mais, ils nourrissent une confiance très limitée dans l’engagement de ces services. Aujourd’hui, des clients menacent de protester de la manière la plus vigoureuse pour rentrer en possession de leurs sous.

Dans le milieu, on songe à interdire l’accès de la direction à l’administration. «On a eu peur des voleurs, c’est pourquoi on a déposé notre argent là-bas. Et c’est d’autres voleurs qui vont nous arnaquer, avec la complicité des autorités. Ce qui se passe est purement de la délinquance», s’indignent-ils. Plus d’une dizaine d’agents des forces de l’ordre sont régulièrement réquisitionnés pour assurer la sécurité de la direction. Cette sécurité pourra t-elle dissuader les sociétaires en colère ? Ce n’est pas évident.

Seydou Coulibaly

03 Septembre 2010.