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Les entreprises ont licencié ou mis en chômage technique leur personnel pour faire face à la crise. Mais sans une rapide restauration de la confiance des partenaires extérieurs, elles s’écrouleront durablement

jpg_une-783.jpgC’est une réalité tangible, le nombre d’entreprises en difficulté depuis le coup d’Etat militaire du 22 mars dernier dans notre pays ne fait que croître. Les raisons de cette déconfiture sont multiples et remontent loin dans le temps : crise économique, sous-capitalisation de ces entreprises, voire absence de vision stratégique. Mais le coup d’Etat militaire a fini par mettre à terre le maigre patrimoine qui résistait à ces aléas.

Et si rien n’est fait pour réinstaurer la confiance des partenaires extérieurs, inverser la mauvaise tendance relèvera du miracle pendant de longues années. Le secrétaire général du Groupement patronal des agences de communication (GPAC), Sidi Danioko, rappelle à ce propos que l’économie repose sur la stabilité politique, l’accès au financement extérieur et intérieur, la garantie des prêts et du transport des marchandises par les assureurs. Les deux socles de cet édifice sont : la confiance et la sécurité juridique des affaires. Autant de facteurs qui font aujourd’hui défaut à notre économie. Nos entreprises les plus solides tournent à 20 ou 30% de leur capacité, chiffre Sidi Dianioko. Certaines entreprises ont mis leur personnel en chômage technique, d’autres ont purement et simplement remercié leurs employés notamment dans les entreprises de la restauration et de l’hôtellerie. Unanimes, les experts pointent le secteur touristique comme la branche économique la plus affectée par la crise. Les établissements hôteliers ont mis presque tout leur personnel au chômage technique ou en congé par anticipation. D’autres ont tout simplement rompu le contrat de travail qui les lie à leur personnel non essentiel. C’est le cas du groupe Azalaï (la première chaîne hôtelière de notre pays avec 3 hôtels de haut standing : Salam, Nord-Sud et Grand Hôtel). Le groupe a fait de même que l’hôtel de l’Amitié du groupe Laico.

Le groupe Azalaï a été obligé de se séparer de 80 employés « non essentiels », pour réduire les charges d’exploitation. Dès le retour de la croissance, ces personnes seront prioritairement réintégrées dans l’entreprise, confie une source sous le couvert de l’anonymat. Au Radisson Blu, au Mandé Hôtel ou au Rabelais, la situation n’est guère brillante. Selon nos sources, le Mandé Hôtel et le Rabelais ont mis respectivement 32 et 27 employés au chômage technique. La directrice de l’hôtel Mandé, jointe au téléphone, n’a pas voulu commenter ces mesures. Sur la même chaîne d’activités, les voyagistes et les agences de tourisme ne savent plus à quel saint se vouer. Depuis deux ans, le tourisme malien est plombé par l’insécurité au nord. Selon un responsable de l’agence ATS/voyage, qui a requis lui aussi l’anonymat, certains tours operators avaient maintenu des vols charters vers Mopti malgré les interdictions des chancelleries occidentales faites à leurs ressortissants de visiter notre pays. Mais, l’enlèvement et le meurtre d’Occidentaux à Hombori et Tombouctou en novembre 2011 a donné le coup de grâce aux maigres espoirs de reprise du tourisme.

Du coup, tous les vols programmés sur Mopti ont été annulés entre novembre et décembre 2011. Même les projets de ces tours opérators européens d’ouvrir un nouveau circuit touristique dans la Région de Kayes qui recèle d’importantes potentialités touristiques à l’image des chutes de Gouina, de Félou, des chaînes de montagnes avec des cascades, n’ont pas résisté à l’onde de choc provoquée par les rapts et meurtre à Hombori et Tombouctou. Les investisseurs ont préféré migrer vers des latitudes plus sereines. À Arawane Tour, une agence de voyage opérant dans la billetterie, le tourisme, la location de voitures et le pèlerinage, le constat est à la désolation. Selon Ramatoulaye Mariko, durant les vacances précédentes, leur partenaire européen, Air Méditerranée, leur envoyait plusieurs vols charters. Mais, depuis l’aggravation de la crise du nord, celui-ci s’est détourné de la destination Mali devenue beaucoup trop dangereuse. Depuis, la branche billetterie s’est rétrécie comme une peau de chagrin. L’agence, avant cette crise, vendait entre 60 et 70 billets dans le mois.

De nos jours, elle en écoule à peine une quinzaine et les recette ne couvrent plus les charges d’exploitation de l’entreprise : les salaires des employés, les frais de location du bureau, de l’électricité, du téléphone et les charges fiscales. Ramatoulaye Mariko rapporte que faute de clients, le personnel lui-même a suggéré au patron de fermer momentanément l’entreprise pour lui éviter une faillite personnelle. Depuis l’éclatement de la crise, c’est, en effet, lui-même qui paie de sa poche toutes les charges de l’agence. De leur point de vue, cette situation ne saurait perdurer sans engloutir le patrimoine même de l’entreprise. Les cambistes, eux aussi, sont orphelins des voyageurs et des touristes. Le marché de change a ainsi fortement chuté. Selon Moussa Koné, dit Bozola Moussa, le coup d’Etat a aggravé une situation déjà précarisée par la désaffection des touristes et autres missionnaires étrangers. Actuellement, le secteur est tenu seulement par des bureaux de change qui disposent d’une certaine solidité financière et vont s’approvisionner directement sur le marché européen.

Brutale et vertigineuse est aussi la chute du marché de la publicité que Sidi Danioko chiffre à 80%. L’engrenage est simple : l’environnement économique défavorable entraîne dans sa dégringolade la consommation des ménages et le gel de la promotion de nouveaux produits par les entreprises. Comme on peut le constater aisément la crise aura forcément des répercussions négatives sur les recettes fiscales de l’Etat, poursuit le secrétaire général du GPAC. Sans travail et sans recettes, les entreprises ont de plus en plus du mal à faire face à leurs charges y compris fiscales. Le gouvernement a conscience du cercle vicieux dans lequel plonge le pays, et va devoir s’attacher au plus vite à reconstruire la confiance avec nos partenaires étrangers. Le sort des entreprises privées dépend fortement des progrès dans ce domaine.

Amadou O. Diallo

L’Essor du 1er Juin 2012