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Dans le but de promouvoir l’excellence, le ministère de l’Education a décidé, depuis quelques années, de ne plus orienter les admis au diplôme d’études fondamentales (DEF) qui ont atteint 18 ans. Une décision pour imposer un bon cursus scolaire certes, mais qui s’applique au détriment des enfants des pauvres.

Les orientations des admis au diplôme d’études fondamentales (DEF) sont effectives depuis quelques semaines laissant derrière elles une pléiade de frustrés impuissants face à leur sort. Il s’agit bien de ces admis qui ont été « écartés » de l’école pour avoir atteint 18 ans. Ils n’ont nulle part où aller hormis la rue car leurs parents, incapables de tenir la dragée haute à la cherté de la vie, n’ont pas de quoi manger a fortiori inscrire leurs enfants dans des établissements privés pour la suite de leurs études, ce qui prépare ces enfants à un futur chômage, favorisant du coup la pauvreté, qui mine déjà le Mali.

Face à cette situation, les parents d’élèves, particulièrement les associations féminines n’entendent pas rester bouche bée. Que ce soit lors des réunions formelles dans le cadre de leurs associations ou informelles (tontines et autres), elles ne manquent pas du tout l’occasion d’aborder le sujet. Elles veulent donner de la voix contre cette « injustice ».

« Nous ne pouvons pas assister à la déchéance de nos enfants, surtout après avoir consenti 9 ans de réels sacrifices. Si ça continue, nous, pauvres resterons pauvres et les riches resteront riches. Marchons pour dire non à ce phénomène contraire aux principes d’égalité sociale » , s’est insurgée une dame visiblement désabusée.

Les « non orientés » ne veulent pas être en reste en emboîtant le pas de leurs pauvres parents. « Nos parents n’ont pas les moyens pour nous inscrire dans des écoles privées et que pouvons-nous faire d’autre que de nous rebeller contre cette injustice ? Mobilisons-nous pour sauver notre avenir et pour ne pas tomber dans les mêmes pièges que nos parents », a dit l’un d’entre eux.

Contradictions

Le Programme de développement économique et social (PDES) du président de la République, qui se présente comme une solution aux problèmes quotidiens des Maliens, prévoit un taux de scolarisation de « 100 % » au Mali à l’horizon 2012. Est-il possible d’atteindre cet objectif lorsque des enfants sont obligés de faire leurs adieux à l’école en raison de leur âge avancé et de la pauvreté de leurs parents ? Cependant, la charte des Nations unies indique que l’éducation est un droit inaliénable pour tous.

Malgré le fait qu’il est tout à fait condamnable que les enfants traînent à l’école, « les parents ne font pas inscrire leurs enfants pour qu’ils soient renvoyés après de durs labeurs ». Pour éviter d’être frappé de plein fouet par cette décision, certains parents ne passent pas par deux chemins : le jugement supplétif sur les actes de naissance.

« Je suis parti tardivement à l’école, car notre village n’en avait pas. Mon père a usé de tous ses maigres moyens pour changer ma date de naissance parce qu’il savait que si cela n’avait pas été possible, je serais en train de l’aider à faire les travaux champêtres » , nous a confié un universitaire.

Les solutions ne manquent pas pour éviter ces départs précoces de l’école. L’Etat pourrait choisir de les orienter dans des écoles professionnelles car le Mali a vraiment besoin de techniciens qualifiés dans certaines filières. Au nombre de celles-ci, il y a l’élevage, l’agro-industrie, les BTP… L’Office du Niger, par exemple, a besoin de plus de main d’œuvre qualifiée pour une plus bonne exploitation.

L’école agricole de Samanko, parmi tant d’autres, ne pourrait-elle pas les accueillir ? A cet égard, l’initiative du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle de « sauver » certains de ces « non orientés » en leur faisant suivre des cours de couture est à saluer. Elle a permis à plusieurs d’entre eux de d’éloigner du spectre de la rue.

Il est vrai que le retard des élèves dans leur cursus scolaire est fort regrettable, mais il ne doit pas pour autant être un justificatif, pour l’Etat, de laisser ces enfants à leur pauvre sort.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

08 novembre 2007.