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L’école publique malienne connaît depuis près de 20 ans une profonde crise. Elle est devenue le dépotoir des pauvres. Les grèves des élèves et étudiants et des syndicats de tous les ordres de l’enseignement, la rétention des notes l’ont paralysée.

Et pourtant de l’avènement de la démocratie en 1992 à nos jours, le Mali a eu à faire beaucoup de réformes dans le secteur de l’éducation. Il y a eu les efforts des partenaires techniques et financiers et des ONG pour étendre le système des écoles communautaires, l’embauche à grande échelle d’enseignants contractuels et le lancement du Programme décennal de développement de l’éducation (Prodec).

Depuis, notre pays a opté pour un enseignement de quantité au détriment de la qualité. L’école publique est devenue un laboratoire d’expérimentation des méthodes de toutes sortes (PC, Nef, Nem). Le système de la double vacation s’est ainsi développé à l’école publique (une moitié des enfants fréquentent l’école le matin, l’autre moitié l’après-midi) de même que les classes à double niveau.

Pour combler le manque de maîtres titulaires, l’Etat a fait appel à des auxiliaires, moins bien formés et moins payés, mais pour quel résultat ? Il n’est plus scandaleux de voir trois ou quatre élèves avec un seul livre dans les écoles publiques.

Là-bas, les élèves se trouvent placés dans de mauvaises conditions d’apprentissage, ce qui explique l’importance du taux d’abandon. Selon les statistiques, en 2000, il est de 24,8 % dans le premier cycle de l’enseignement fondamental (20,6 % pour les garçons, 30,6 % pour les filles).

A ces problèmes s’ajoutent les revendications des acteurs de l’école, l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) en première ligne et les différents syndicats au niveau de tous les ordres. Des sorties intempestives des élèves et étudiants des facultés comme l’ex-ENA et les retentions des notes de la part des enseignants fragilisent davantage l’école malienne qui n’est fonctionnelle que 6 ou 7 mois sur 9.

Malgré les beaux discours des hautes autorités sur la nécessaire mise en route de notre école, force est de reconnaître qu’aujourd’hui que l’école publique est laissée à elle-même.

Seuls les enfants des pauvres la fréquentent, tout ceux qui ont les moyens inscrivent les leurs dans des écoles privées et cela de la maternelle aux universités étrangères. Ce « bel exemple » est donné par ceux (ministres, directeurs et autres cadres de l’administration) qui sont chargés de mettre le système sur les rails.

Aucun d’eux n’a un enfant dans une école publique. Au lieu de se battre pour une école performante, par mimétisme, l’on préfère envoyer son enfant à coup de millions dans des grandes universités aux frais de l’Etat.

En attendant, c’est l’enseignement au rabais dans les écoles publiques. Alors, sera-t-il exagéré d’affirmer que l’école publique est devenue le dépotoir des élèves dont les parents n’ont pas les moyens de les inscrire dans le privé ?


Idrissa Sako

23 Janvier 2009