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Le port de la tenue à l’école permet, à tout le moins, d’égaliser les chances des élèves au plan vestimentaire. Mais, aujourd’hui, au lieu de jouer véritablement le rôle qui lui revient, la tenue a cédé le terrain au laxisme et au mercantilisme.

L’importance de la tenue scolaire n’est plus à démontrer. Elle permet d’uniformiser les élèves au sein d’un même établissement et de minorer les différenciations sociales, ce qui, normalement, permet aux élèves de se consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire les études et d’oublier les modes, qui donnent lieu à toutes sortes d’excès, de convoitises, etc.

C’est fort de tout cela que des messages publicitaires passaient sur l’ORTM pour encourager le port de l’uniforme en milieux scolaires. Cependant, force est de reconnaître qu’aujourd’hui, les établissements au sein desquels les uniformes sont réellement exigés et où les contrevenants s’exposent à des sanctions examplaires se comptent sur le bout des doigts.

Aujourd’hui, dans de nombreuses écoles, le port de l’uniforme est foulé au pied, car les élèves sont libres de le porter ou non. « Dans notre lycée, la tenue n’est pas exigée. Les élèves peuvent s’habiller comme ils veulent et personnellement je peux faire un mois sans la porter » , témoigne un élève d’un lycée public de Bamako.

Mais, ce n’est pas tant le laxisme dans l’exigence du port de la tenue que son absence même dans certains établissements qu’il faut craindre. Dans les écoles dans lesquelles les uniformes n’existent plus, c’est à un désordre perceptible auquel on assiste. Est-il possible de parvenir à une école « apaisée et performante » sans d’abord l’instauration d’une discipline vestimentaire ?


Scénario inédit

Toutefois, l’exemple d’un lycée privé de l’académie de la rive droite du district de Bamako édifie plus sur le mercantilisme occasionné par les uniformes. Dans cette école, créée il n’y a pas plus de 10 ans, l’administration a décidé d’« invalider » les anciennes tenues que les élèves avaient déjà en leur possession. Ce sont deux nouvelles tenues, cédées à prix d’or, qui y seront exigées à partir du 1er janvier 2008.

Ces nouveaux pagnes seraient des productions de la Comatex, qui aurait accepté que leur vente soit de la responsabilité exclusive de l’établissement. Les élèves du lycée sont donc obligés de les payer avec l’administration en place et à un prix fixé d’avance ( 12 000 F CFA). Pourquoi cette disposition n’avait pas été prevue à la rentrée scolaire et pourquoi attendre jusqu’à janvier pour exiger l’uniforme ?

D’ores et déjà, l’inquiétude a gagné plus d’un élève, car sachant bien que leurs parents, qui sont incapables de tenir la dragée haute à la cherté de la vie, ne pourront leur offrir ces « perles ». « Mon père a toutes les peines du monde pour nous nourrir et quand je lui parlerai d’achat de tenues, il me dira certainement qu’il n’en peut plus alors que la direction a averti que ceux qui ne s’habilleront pas avec les nouvelles tenues n’auront pas accès aux classes. Que faire donc ? » s’intérroge une jeune fille.

D’autres élèves n’entendent pas se résigner. « Je rentrerai de force ou de gré avec mon ancienne tenue parce que je considère qu’elle sera toujours valable. Mon père m’achète tous le matériel didactique avant la rentrée et il n’est pas capable de gérer les dépenses imprevues », tranche un élève, qui n’entend pas « hypothéquer » son avenir à cause d’une « histoire d’uniforme».

En attendant le 1er janvier 2008, date de l’exigence des nouveaux uniformes, les élèves de ce lycée de la rive droite spéculent sur les solutions possibles.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

20 novembre 2007.