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AEEM : la mutation est nécessaire pour sa survie. Si l’Etat intérimaire veut poser des jalons solides pour un Mali meilleur, avec des cadres compétents dans l’avenir, il doit sinon dissoudre, du moins réduire les marges de manœuvres de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). Les récents débrayages sont inexplicables et montrent à suffisance l’incapacité de l’Etat intérimaire à résoudre les problèmes urgents du pays, dont l’école malienne constitue le plus récurrent.

Si l’école est l’avenir d’un pays, le Mali aura un avenir très sombre du fait de la complicité passive des autorités étatiques qui ont toujours opté pour le pourrissement à la place de solutions réelles et durables. L’AEEM est tout aujourd’hui sauf un syndicat de défense des intérêts moraux et matériels des scolaires ; elle est plutôt un instrument au service des hommes politiques véreux, des syndicalistes manipulateurs, une véritable machine de règlement de comptes entre camarades de promotion. Bref un outil de chantage et de marchandage entre les mains de délinquants recyclés qui ne sont obnubilés que par l’argent et la femme faciles

Autres temps autres mœurs, si jadis l’AEEM était virulente contre le premier régime démocratique au Mali en 1992, à travers des revendications estudiantines légitimes et populaires, tel n’est pas le cas depuis belle lurette. L’AEEM est devenue une organisation politique qui ne dit pas son nom, les secrétaires généraux se l’utilisant comme un moyen de chantage et de pression à l’endroit d’autorités publiques incapables d’assumer leurs responsabilités. Argent, postes, conforts et privilèges de toutes sortes, étaient des droits pour les secrétaires généraux successifs du bureau de coordination sous l’ancien régime

On pensait qu’avec les événements du 22 mars 2012, les choses allaient changer et que rien ne serait plus comme avant, mais hélas il n’en fût rien! Seulement l’histoire récente de l’école malienne interpelle tous les citoyens, mais surtout les autorités de la transition à qui incombe la responsabilité de la sécurité dans l’espace public et des enseignements dans les écoles et universités. Elles ne peuvent pas se dérober, surtout quand des élèves et étudiants se permettent d’interférer dans le déroulement d’une enquête consécutive à une accusation de «tentative d’homicide volontaire» contre la personne de Hamadoun Traoré, un «étudiant de fonction» et actuel secrétaire général de l’AEEM. Face à une telle défiance de l’autorité de l’Etat, la rigueur doit s’imposer car la faiblesse risque d’être un précédent dangereux. Je me suis toujours dit que l’Etat complotait contre l’Ecole malienne par peur de devoir faire face à des hommes et femmes bien formés et déterminés, mais même si c’était le cas, ce n’est plus la peine, car les étudiants et élèves ont décidé de comploter contre eux-mêmes en défendant l’indéfendable quitte à devenir des hors-la-loi.

Les faits selon le journal Challenger

« Selon Seydou Diallo, Commissaire Divisionnaire du 5ème Arrondissement, les faits remontent au mois de septembre dernier. A l’en croire, c’est suite à des exactions entre clans d’étudiants opposés que des victimes ont porté plainte au Tribunal de la Commune IV contre Amadoun Traoré et quelques membres de son clan. Après des investigations, explique le commissaire, des proches et fidèles d’Hamadoun ont été arrêtés par le 14ème Arrondissement et traduits devant le Tribunal de la Commune IV qui, à son tour, les a transférés à la maison d’arrêt le 25 septembre dernier. Convoqué à maintes reprises pour cette affaire, Hamadoun Traoré, affirme le Commissaire, n’a jamais voulu se présenter au tribunal.

« Ce mardi 09 octobre, il s’est lui-même rendu au tribunal. Non pour répondre à sa convocation, mais plutôt pour réclamer la libération de ses amis arrêtés. Informé par le Tribunal, le 5ème Arrondissement a affecté une équipe pour procéder à son arrestation. Aussitôt arrêté, Hamadoun a été placé sous mandat de dépôt et transféré le même soir à la maison d’arrêt de Bamako » nous a révélé le commissaire divisionnaire du 5ème arrondissement

Si c’est à cause de cette arrestation par la justice que les parents laissent leurs enfants pavaner dans les rues et que les autorités ne pipent pas mot pour mettre un terme à cette situation, alors convenons que ce pays va droit dans le mur. Car nul n’est au dessus de la loi. L’AEEM devenue un repère de délinquants et un espace de crimes, n’a plus sa raison d’être parce que ne répondant plus à sa mission première. Si ces faits sont avérés, l’association doit être dissoute ou, au moins, suspendue jusqu’à nouvel ordre et les agitateurs sévèrement punis et envoyés au front nord, car, après avoir formé des milliers de nullards, il ne faut pas observer passivement que l’école malienne en arrive à produire au profit de la société des criminels en miniature.

Boniface Dembélé

L’Enquêteur du 19 octobre 2012.