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Excédée par l’immobilisme du gouvernement face à la déliquescence de l’école malienne, la Fédération de l’Education Nationale (FEN) a fait descendre les enseignants dans les rues de Bamako pour battre le pavé. Une première qui, loin d’être un événement anodin, est le signe précurseur du mécontentement social qui pointe à l’horizon.

Non à la banalisation de la fonction enseignante”, “non aux innovations pédagogiques”, “sans école pas de développement” …Les enseignants étaient furieux dans les rues de Bamako, hier 26 février 2008, où ils ont battu le pavé pour exiger du gouvernement une réponse adéquate à leurs doléances.

La Fédération de l’éducation nationale (FEN) avait réussi à mobiliser un nombre important de ses militants dans le cadre d’une marche de protestation. De mémoire d’enseignants, pareille chose n’était pas arrivée au Mali depuis très longtemps.

A en croire les dirigeants du syndicat, le silence et l’immobilisme des autorités sur leurs doléances se sont accentués depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement. Ainsi, ils ont dénoncé avec la dernière énergie ce triste sort réservé à leurs revendications étant entendu que l’administration est une continuité.

Les marcheurs, scandant des slogans hostiles aux autorités, sont partis de l’école Sainte Thérèse à partir de 8 heures pour se rendre devant le ministère des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique.

Mais au lieu d’être reçus par le ministre qui était en réunion de cabinet, les manifestants ont été accueillis par le chef de cabinet, Dr Yaya Coulibaly. Cet accueil a été très mal perçu par les syndicalistes. «C’est dire qu’il ne nous accorde pas d’importance», a déploré Youssouf Ganaba, secrétaire général de la FEN.

Pourtant, dans l’ensemble, la marche s’est bien déroulée. Elle a été encadrée par les forces de l’ordre qui, dans un premier temps, avaient essayé d’intimider les manifestants.
Youssouf Ganaba, dans la déclaration qu’il a lue devant le ministère, a fait savoir que son syndicat tient à sauvegarder l’école.

«L’école malienne est notre raison commune d’être, autorités scolaires et syndicats d’enseignants. Le visage que cette école présente suscite maintes interrogations et nous interpelle à plusieurs égards», a-t-il déclaré.

C’est parce que cette «école ressemble aujourd’hui à un imbroglio indescriptible compte tenu de l’attitude de navigation à vue adoptée par les autorités» que les militants de la FEN ont pris la rue pour se faire entendre.

A titre d’exemple, M. Ganaba estime que «l’école malienne est de nos jours un champ d’expérimentation de plusieurs méthodes pédagogiques qu’on ne se soucie guère d’évaluer. Il s’agit notamment de la pédagogie convergente et du curriculum. Les innovations pédagogiques sont incessamment introduites dans le système sans créer les conditions indispensables à leur réussite et à leur pérennisation (formation des maîtres, matériel didactique, adhésion des parents, suivi- évaluation».

A ces problèmes viennent s’ajouter les effets pervers d’une privatisation effrénée. Cependant, la FEN n’est pas opposée à l’intervention des privés dans le domaine de l’éducation. «Mais cette intervention doit être soumise à une réglementation que l’Etat doit faire respecter dans tous ses aspects car il y va de l’avenir de la nation. Il ne suffit pas d’avoir de l’argent ou des locaux pour entreprendre dans le domaine de l’éducation», a déclaré Youssouf Ganaba.

Un autre point de désaccord entre l’Etat et les enseignants est la fonction publique des collectivités. «Nous voulons également attirer l’attention des autorités sur les conséquences de la décentralisation au niveau de l’éducation.
L’application de la décentralisation ici se traduit par le transfert de certains ordres d’enseignement à certaines collectivités qui n’ont pas toujours les moyens de faire face à leurs nouvelles charges. Cela jette les enseignants dans les conditions précaires de vie et de travail et entraîne la chute de la qualité de l’enseignement
», a dit le secrétaire général de la FEN.

En somme, la FEN condamne la politique de désengagement multiforme de l’Etat tendant à tuer l’école publique qui doit demeurer l’ossature de l’école malienne. Elle invite les autorités à faire des choix souverains et judicieux en matière d’éducation et à rompre avec la navigation à vue en cours.

En ce qui concerne le volet des revendications, la FEN, de sa naissance à nos jours, a de haute lutte enregistré des résultats importants. Par ailleurs, beaucoup reste à faire. Son secrétaire général pense que ces dernières années le bureau fédéral national est confronté à des fuites en avant voire à une mauvaise volonté manifeste des autorités dans le traitement des revendications majeures des enseignants.

«Il est inadmissible que ces revendications restent en l’état depuis trois ans», a dit Youssouf Ganaba. Il s’agit de la relecture de la convention collective de l’enseignement privé catholique ; la levée des obstacles juridiques à l’accès des contractuels aux postes de responsabilité et à la formation ; la mise en place du conseil supérieur de l’éducation ; l’octroi d’une indemnité de logement à tous les enseignants eu égard aux exigences spécifiques de leur fonction.

Soumaila T. Diarra

Hadama B. Fofana.

27 février 2008.