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En fait, si la grève paralyse toutes les facultés du pays depuis deux mois, les revendications du corps professoral, quant à elles, sont déposées sur la table du ministre de l’Éducation nationale, le professeur Mamadou Lamine Traoré, depuis près d’une année.

C’est dire que les deux parties (si elles avaient la volonté)ont eu largement le temps de négocier et de s’entendre afin d’éviter le drame qui sévit actuellement au niveau de nos établissements supérieurs.

Drame. C’est le seul qualificatif qui sied à la situation actuelle de l’école malienne.

Le drame, c’est d’abord la rupture entre les enseignants et le ministre de tutelle. Conséquence : une animosité réciproque entre les deux parties. Des parties qui semblent se préoccuper peu ou prou de l’avenir des milliers de scolaires, victimes d’un conflit entre des acteurs censés assurer la bonne marche de notre système éducatif.

Le drame, c’est ensuite cette succession de crises qui secouent l’enseignement supérieur depuis des années avec son cortège d’années scolaires bâclées, si elles ne sont pas facultatives ou encore rallongées. L’essentiel pour les responsables en charge de l’éducation étant de cultiver la médiocrité, en lieu et place de l’excellence, se traduisant par un enseignement au rabais à tous les niveaux, du primaire au supérieur en passant par le secondaire.

Le drame, c’est enfin le silence coupable, face à cette grève, de tous ceux qui se font appeler « partenaires » de l’école, mais qui en réalité ne sont là que pour amuser la galerie, voire « meubler » le décor, lorsque les circonstances l’exigent.

Où sont donc passés ces « partenaires » de l’école, au moment où des milliers d’enfants n’ont plus autre occupation que de passer leurs journées à arpenter les rues de la capitale, s’ils ne sont pas réunis autour du thé ?

Où sont donc passées les Associations dites de parents d’élèves qui, dans un passé récent, s’affichaient à chaque mouvement scolaire ?

Où sont les acteurs politiques ? Hormis, le Parena, la SADI, les autres formations politiques se taisent comme des carpes, au moment où l’avenir de milliers d’enfants est dangereusement compromis.

Et ces organisations et leaders religieux du pays ? Eux qui, plus d’une fois, ont démontré leur promptitude à réagir face aux grandes menaces et autres grands événements de la nation.

Que dire, par ailleurs, du silence de ces multiples associations et organisations féminines, face au sort des enfants ? De leurs enfants !!!

A tous les niveaux, l’indifférence semble être le maître mot. Conséquence de cette démission collective : l’enseignement supérieur se dirige droit vers le mur.

Face à l’imminence du danger, les parents nantis, eux, ne semblent point s’inquiéter. Ils ont tout simplement « évacué » leurs enfants sous des cieux plus cléments, où il fait bon vivre d’étudier en toute quiétude.

Alors tant pis pour l’immense majorité des Maliens qui n’ont pas cette possibilité d’envoyer leurs enfants à l’extérieur. Voilà en réalité ce qui aujourd’hui semble traduire l’attitude de certains responsables en charge de l’Éducation dans notre pays.

Au premier rang, le ministre de l’éducation nationale, Mamadou Lamine Traoré. Enseignant et professeur d’Université, la question de la bonne marche de l’école était un défi à lui posé.

Sa nomination au poste de ministre de l’éducation n’était pas le fruit d’un hasard. Mais aujourd’hui, le constat est amer pour le professeur Traoré : il a échoué.

Un échec qui, dans la crise actuelle, a obligé le Premier ministre à se saisir du dossier. Au delà, l’échec du ministre est illustré dans ses rapports personnels avec ses collègues enseignants. Conséquence ? Une crise de confiance s’est installée entre le département et les syndicats d’enseignants, depuis belle lurette.

Aujourd’hui, l’on est en droit de s’interroger sur les capacités du ministre Traoré à instaurer un climat d’entente entre lui et ses collègues, au delà dans le monde scolaire.

En vérité, compte tenu de tout ce qui précède, Mamadou Lamine Traoré n’est plus en mesure de sauver l’école malienne. Le messie annoncé n’a pas répondu présent à l’appel.

Il doit accepter cette réalité afin d’éviter à l’avenir d’autres crises.

En somme, le salut de l’école passe d’abord par le départ de ce professeur qui n’arrive visiblement pas à solutionner l’équation posée au niveau de son département.


CH. Sylla

01er fev 2007