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Les critères d’électrification des voies publiques sont loin d’être compris, car on n’a pas l’impression qu’ils s’appliquent en fonction des priorités et des axes les plus fréquentés. Pendant que les autorités clament haut et fort qu’elles mettent tout en œuvre pour combattre l’insécurité grandissante et éviter les accidents de route, plusieurs voies sont dans l’obscurité.

L’importance de l’électricité n’est plus à démontrer, l’avènement de l’éclairage public ayant permis de conjurer bien des dangers dans le pays. Enthousiastes, les populations pensaient que c’était le début d’une nouvelle dynamique dont l’aboutissement était de les faire sortir du noir. Hélas ! Le glas de l’illusion a sonné et le chemin à parcourir reste encore long.

Plusieurs tronçons routiers sont dans l’obscurité. Aberrant, peut paraître le cas de Bamako qui, aux dires de ses autorités, doit avoir le look d’une « capitale moderne » où il fait bon à vivre en toute sécurité.

« Notre objectif est de faire de Bamako une ville où tout est dans l’ordre, une ville où les citoyens peuvent circuler tranquillement sans crainte de quoi que ce soit », disait récemment le gouverneur du district.

Même si certains avanceront l’argument que le chantier est vaste et que les efforts sont en train d’être déployés, de quelle modernisation et de sécurité peut-on se permettre d’évoquer quand bon nombre de citoyens restent toujours dans le noir, la faute peut-être à une « négligence coupable et à des critères sélectifs inavoués » ?
Bamako ne se limite pas seulement à des quartiers du centre-ville.

Or, il suffit de faire un tour la nuit sur des routes de certains quartiers périphériques pour se rendre compte que les citoyens courent de graves risques.

Et gare à celui qui y reste jusqu’à des heures avancées dans la mesure où les bandits opèrent sans coup férir. L’on apprend à longueur de journée des actes barbares dont les populations sont victimes sur ces nombreuses routes. S’agissant de l’intérieur du pays, c’est pire.

Une chose est d’électrifier les axes routiers, une autre est de les entretenir.

C’est justement là que le bât blesse. Des milliers d’éclairages publics ont arrêté de fonctionner. Quelques mois seulement après leur électrification, de nombreuses localités ont replongé dans l’obscurité, occasionnant des accidents et autres actes de banditisme avec leur corollaire de victimes innocentes.

Désordre

Le tronçon qui relie Daoudabougou, en Commune V, à Sogoniko, en Commune VI, est sevré de lumière depuis fort longtemps, l’éclairage ne fonctionnant plus. Le hic, c’est que personne ne daigne lever le petit doigt pour la réparation des ampoules alors que la voie n’est guère rassurante la nuit.

Un citoyen de Kabala témoigne que la route qui relie Torokorobougou (Commune V) à Kabala, au quartier général des Aigles, est dans une atmosphère de quasi-obscurité.

« A la veille de la Coupe d’Afrique des nations 2002, tout l’axe a été électrifié, mais voilà que la zone replonge dans le noir, à cause du laxisme. Aujourd’hui, il faut parcourir environ un kilomètre pour trouver une ampoule allumée ».

La conséquence est que « l’insécurité va grandissant et les accidents ne se comptent plus ». Il est vrai que la mauvaise conduite est le plus souvent à la base de ces drames, mais l’obscurité y est parfois pour quelque chose.

Comment peut-on faire des routes un espace sécurisé sans d’abord les électrifier ou réparer les dispositifs d’électrification en place ? La sécurisation des routes est indissociable d’un système d’électrification infaillible.

Faisant de la lutte contre l’insécurité routière l’un de ses chevaux de bataille le président de la République, dans plusieurs de ses interventions, a déploré les accidents mortels auxquels succombent annuellement des milliers de Maliens. Les autorités ont donc entamé la croisade contre le fléau.

La Semaine de la sécurité routière s’est inscrite dans cette optique. De même, la création d’une Agence nationale pour la sécurité routière participe de cette volonté. Cependant, ces efforts doivent inclure le volet électrification dans leur programme d’action au risque de voir les chances de réussite de leur combat contre l’insécurité routière s’amoindrir.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

04 Juin 2008