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Le ministre Kafougouna interrompt la réunion

Un mot de félicitation à l’endroit du Gouverneur de Gao, personnalité controversée dans la cité des Askias, et ce fut la goutte d’eau de trop. Aussitôt la félicitation prononcée par le président du Conseil de cercle de Gao, le Gouverneur Amadou Baba Touré a été proprement conspué par le public dans la grande salle archicomble de l’Ecole catholique Sœur Geneviève, en signe de désapprobation.

Le gouverneur serait mal illustré dans la gestion du dossier de groupe armé d’auto-défense, le Gandaïso de Amadou Diallo. La délégation conduite par le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités Locales a quitté Bamako le jeudi 2 Octobre et s’est rendue successivement à Ansongo, Fafa et Gao. Elle avait pour but d’instaurer un dialogue sur l’insécurité et la cohésion intercommunautaire. A Gao, la réunion de synthèse s’est terminée en queue de poisson. Le reportage de notre envoyé spécial à Ansongo, Fafa et Gao.

C’est le président du conseil de cercle de Gao, Abdoulaye Madi, qui a, pour ainsi dire, mis le pied dans le plat, samedi 4 octobre 2008 aux environs de 10 heures 15 minutes, dans la grande salle archicomble de l’Ecole catholique Sœur Geneviève. Dans son discours, il a félicité le gouverneur de Gao, personnalité très controversée de la Cité des Askias. Ce fut la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les cris et les sifflements dans la salle ont fait dire au ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales : « j’arrête la réunion car je ne connais pas cela ». La grande concertation qui avait à peine duré une heure de temps venait d’être interrompue dans un brouhaha indescriptible. La visite s’est donc terminée en queue de poisson.

L’objectif visé, à savoir, la concorde et la sécurité venaient de prendre du plomb dans l’aile pour ne pas dire qu’au bout du compte, c’était un cinglant échec. Pourtant, la visite de la très forte délégation du ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales qui comprenait des cadres du département, les premiers responsables des Forces armées et de sécurité, les représentants des cercles de la région de Gao, avait commencé sous de bons auspices. D’abord la veille, le 3 octobre, à Ansongo, le ministre avait décliné les objectifs et présenté le programme de la visite qui fut accepté par les notabilités, en présence du gouverneur de Gao, Amadou Baba Touré ; du maire d’Ansongo, Amadou Harouna Maïga et du maire de la commune de Ouattagouna, Zoumana Maïga.

Arrivé à Fafa le même jour, le ministre a indiqué : « je suis venu là pour prononcer deux mots : l’insécurité dans notre pays et la cohésion intercommunautaire. En ce qui concerne l’insécurité, dans tous les pays du monde, il y a une certaine insécurité mais il faut arriver à la gérer. Depuis des années, dans notre pays, on a connu des périodes d’insécurité que nous sommes arrivés à gérer. Mais, depuis le 23 mai 2006, nous avons connu une insécurité grandissante dans la région de Kidal.

Nous avons dit qu’il faut la gérer de manière à instaurer la confiance parmi les populations de Kidal. Et faire que cette insécurité ne s’étende vers d’autres régions, je parle de Gao, Tombouctou et pourquoi pas vers le sud. Cela a été la stratégie que menée jusqu’ici pour gérer l’insécurité et la canaliser. Depuis un certain moment, nous avons connu dans cette partie du pays, frontalier entre le Mali et le Niger, le développement d’une certaine insécurité que nous devons rapidement fermer.

Eviter que la situation à Gao ne fasse tâche d’huile dans le reste du Nord.

Comme vous le savez, ces régions sont dans un espace extrêmement vaste dont les contours sont difficiles à maîtriser. Je pense surtout à l’espace sahélo saharien… Par rapport à ce qui est arrivé dans le cercle d’Ansongo, particulièrement à Fafa, je pense que ceci nous interpelle tous. Il faudrait que les populations sachent que seul le gouvernement, à travers ses forces de sécurité, a le devoir d’assurer la sécurité. Aucun petit groupe ne peut assurer la sécurité des populations. Ce petit groupe qui se constitue de part et d’autre, il faut arriver à la gérer de manière à ce que les populations soient sécurisées et vaquent à leurs occupations quotidiennes.

Le petit groupe dont je fais allusion est le groupe constitué par Amadou Diallo… Quand vous créez une situation, il faut penser à son évolution. Le ministre de l’ATCL, Kafougouna Koné a fait savoir que ces groupes évoluent vers les dérapages. Il a expliqué le parcours d’Amadou Diallo qui est un ancien de la garde nationale, qui a appartenu au Ganda Koy et qui finalement fut affecté à Dakar. Le ministre n’a pas connu les raisons qui l’ont poussé à créer ce groupe. Il a laissé entendre que dans cette bande frontalière sévit toute sorte d’insécurité, allant du vol de bétail, au braquage et au trafic d’armes. Il a rappelé que les victimes du Ganda iso sont 4 Touarègues.

Kafougouna Koné a soutenu que le Mali est un pays pluriethnique et les violences à relent xénophobe n’ont aucune justification dans notre pays. « Il faut, a-t-il dit, qu’on réfléchisse pour instaurer la compréhension au sein des communautés. Les forces armées ont le devoir d’assurer la sécurité des populations. C’est le recours des populations. Il faut faire en sorte que les populations ne soient pas conduites à se rendre justice eux-mêmes, sinon, on va vers des dérapages » Le ministre a expliqué que le problème sera résolu avec discernement et fermeté. Ceux qui n’auront pas fait de fautes, a-t-il dit, seront libérés, mais les fautifs seront jugés.

Malgré ces prêches du ministre et de ses collaborateurs, la tension était encore perceptible, notamment à Fafa, où des femmes ont déploré l’intervention de l’armée qui, d’après elles, ont agressé leurs enfants désarmés, fait avorter des femmes, fait fuir leur bétail et poussé les travailleurs à abandonner les champs.


Exactions militaires?

Elles ont accusé les militaires d’avoir soutiré aux populations des biens et des téléphones portables. Le maire de la commune de Ouattagouna, Zoumana Maïga, aussi, a décrit une triste situation. Il a parlé d’une totale insécurité et des populations nomades et sédentaires contraints de quitter leurs sites. Arrivés à la mare de Sorori où a eu lieu l’attaque, la délégation a entendu les explications du colonel M’Bemba Kéita dont la troupe est affectée sur les lieux. Il a fait savoir qu’il y a eu une victime de part et d’autre. Le colonel a soutenu que les éléments du Ganda iso ont été contraints de traverser la mare en période de crue et qu’ils ont abandonné leurs armes.

Thèse rejetée par des notables de Gao qui nous ont confié que les éléments dont parle l’armée n’étaient pas armés. Deuxième sujet de controverse : le ministre a parlé de photos d’éléments armés du Ganda iso, en terrain d’entraînement ; des photos nous ont été ensuite présentées à Gao, alors que des sources proches des notables de Fafa disent que c’est un montage et que toutes les personnes figurant sur les photos sont des Burkinabé et des Nigériens. Les choses sont donc loin d’être claires.

Des personnes contactées à Fafa, Ansongo et Gao nous ont déclaré que les autorités de la région sont les complices et les vrais acteurs qui tirent les ficelles dans l’ombre pour continuer à bénéficier des avantages que leur procure leur statut. En tout cas, l’échec de la rencontre avec les notables de Gao a fait monter la tension d’un cran au sein des populations qui se plaignent de n’avoir pas été écoutées.

Baba Dembélé

Envoyé Spécial

06 Octobre 2008