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Depuis maintenant un mois, Laurent Gbagbo occupe le palais présidentiel contre la volonté de son peuple qui a choisi son rival Alassane Dramane Ouattara comme président légitime du pays. L’homme refuse d’abdiquer aux injonctions de la communauté internationale malgré les menaces d’une intervention militaire qui plane sur sa tête. Les deux missions de médiation Cedeao et UA – Cedeao ayant échoué, à quoi devrait-on s’attendre dans les prochains jours? De source diplomatique, les préparatifs pour une intervention militaire en Côte d’Ivoire, sous la conduite la Cedeao, seraient en bonne voie. Le tout sur fond de violences sur les populations civiles à l’Ouest et à Abidjan.

Les médiateurs ont terminé le second rond de leurs rencontres avec Gbagbo, qui est resté ferme sur sa position. C’est donc un nouvel échec de la médiation. Odinga, Yayi, Pires et Koroma sont repartis à Abuja pour rendre compte de leur mission au président en exercice de la Cedeao, Goodluck Jonathan. Après l’échec de la première mission de la Cedeao, l’on avait fondé une lueur d’espoir avec l’arrivée à Abidjan du Premier ministre Kenyan pour pousser Gbagbo à quitter le fauteuil. Hélas, ce fut une déception, car au lieu de demander au président illégitime Laurent Gbagbo de quitter la présidence au profit d’Alassane Ouattara, ils sont venus se lancer dans une négociation sans issue avec Gbagbo. Ce dernier, passé maître de rouler tout le monde dans la farine, veut gagner du temps avec sa proposition de mettre sur place un comité d’évaluation des élections comme préalable à une éventuelle discussion sur son départ.

Il accuse également les Forces nouvelles de vouloir se réarmer depuis l’hôtel du Golf. Raila Odinga a, quant à lui, proposé une rencontre bilatérale entre Gbagbo et Ouattara pour qu’ils se parlent. Mais ce dernier a refusé, posant trois conditions à une telle rencontre. Selon lui, Gbagbo doit accepter le résultat des urnes, le reconnaître président et lever le blocus terrestre de l’hôtel du Golf. Guillaume Soro a, lui, jugé inacceptable que le mandat de la Cedeao soit « dévoyé » par les médiateurs. Pedro Pires s’est senti visé par ces propos et par ceux, similaires, de la presse pro-Ouattara, et a menacé de se retirer de la médiation, tout au moins de ne pas faire partie d’une autre mission de ce genre si la voie du dialogue n’était pas privilégiée pour sortir de la crise. Le Camp Ouattara a vivement rejeté une éventuelle rencontre avec Laurent Gbagbo proposé par le Premier Ministre Kenyan Raila Odiga. Pour eux, la récréation est terminée, il n’est plus question de discuter avec quelqu’un qui n’a pas de parle donnée. Pour Soro Guillaume, Premier Ministre du Gouvernement Ouattara, « il n’y a plus rien à négocier, seul une intervention militaire pourra faire partir Gbagbo du Palais ».

Sur la question, beaucoup de rumeurs circulent faisant état de l’arrivée imminente de l’Ecomog. Abidjan serait truffé d’éléments des forces Nouvelles attendant une alerte pour se rallier les milliers de militaires pro Alassane, très impatients d’en découdre avec les forces parallèles et les FDS de Gbagbo. Une chose est certaine, des bateaux venus en renforts à l’ONU CI, mouillent déjà dans les eaux territoriales de Côte d’Ivoire, avec beaucoup d’éléments prêts à intervenir sur le terrain. Il ne manque plus qu’une décision venant d’Abuja, après sûrement la réunion des chefs d’Etats Majors des Etats de la Cedeao au Mali, pour déloger de force Laurent Gbagbo. Déjà de source diplomatique, neuf pays sur les 15 que compte la Cedeao sont prêts à envoyer des troupes pour faire céder le camp Gbagbo.

Le lendemain de la dernière mission de la Cedeao à Abidjan a été très mouvementé à Abidjan et dans l’Ouest du Pays. En effet, hier mardi, à 05 heures du matin, le siège du Rhdp a été envahi par des policiers et gendarmes qui ont sauvagement pris à partie les jeunes qui y étaient en blessant plusieurs d’entre eux à coup de cross. Ils étaient là sous prétexte de chercher des armes qui auraient été cachées là. A la fin de leur opération, aucune arme à feu n’a été trouvée.

Malgré tout, ils embarquèrent plusieurs d’entre ces jeunes. Au même moment la ville de Duekoué, située à quelques 350 km à l’ouest d’Abidjan, était sous couvre feu grâce à la volonté des miliciens pro Gbagbo. Ils ont mis la ville à feu et à sang en pillant et incendiant des magasins et boutiques appartenants aux commerçants Dioulas. Dans l’engrenage, au moins un malien aurait été blessé par balle mais selon un responsable de notre communauté de Duekoué, ses jours ne sont pas en danger.

Plus au sud à Abidjan, aux environs de midi, plusieurs éléments de la galaxie Patriotique se sont pris aux soldats de la Licorne Française sous mandat de l’Onu, en saccageant leurs véhicules avec des projectiles. Ces échauffourées se sont déroulées en face de la Direction Générale des Douanes ivoiriennes à Abidjan. Ils les soupçonnaient de vouloir installer le Directeur Général nommé par Alassane Ouattara à son poste. Les forces Onusiennes n’ont pas voulu répondre à cette provocation à quelques mètres seulement du palais présidentiel et sont retournées à leur base sans encombre.

La situation est très tendue dans l’ensemble du pays, où les populations ne jurent plus que sur une intervention des forces de la Cedeao. Vivement que les chefs d’Etats majors de l’organisation sous régionale prennent vite une décision salvatrice pour enfin libérer des millions d’étrangers vivant dans le pays sous le joug du dictateur Gbagbo.

De Gildas, correspondant du Républicain à Abidjan

05 Janvier 2011.