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Suite à l’échec des négociations -relatives à ses… 58 points de revendication- avec le gouvernement et le Patronat, la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM ) a mis son mot d’ordre de grève de trois jours à exécution depuis le 27 novembre 2007. En principe, le mouvement concerne l’Education, la Santé, les Transports, des banques et entreprises de la place.

Rappelons que le secrétaire général de la CSTM, Hamadoun Amion Guindo, et ses camarades avaient exigé, du gouvernement, la satisfaction de la totalité des 58 points de leurs doléances. Ce que la plupart des Maliens ont trouvé exagéré, voire excessif.

En effet, les uns et les autres ont estimé que la CSTM “n’est pas sérieuse” dans sa démarche. Aussi, un fonctionnaire, de fustiger : “Comment peut- on se lever un seul jour pour demander tout d’un coup le règlement de 58 points?
Ce qui prouve que la CSTM n’est pas sérieuse
”. Et un autre, d’enchaîner “A y voir de près, on se rend compte que ces points de revendications sont identiques à ceux de l’UNTM”.

Aussi, rares sont ceux qui comprennent aujourd’hui le brusque revirement, du moins cette décision intransigeante de Hamadoun Amion Guindo. Du coup, d’aucuns diront que la CSTM est peut-être jalouse du succès enregistré par l’UNTM. Et d’autres argueront que le Secrétaire général veut prouver à ses militants qu’il ne tient pas à perdre leurs soutien et sympathie.

Au lieu de se contenter de s’investir pour obtenir, du gouvernement, l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et l’augmentation de leurs salaires -ce qui a été acquis-, le respect de leurs droits et libertés, M. Guindo aurait plutôt voulu “monter les enchères”, avec ces revendications jugées superflues (de par leurs nature et contenu), surtout caractérisées par leur nombre exagéré, et la durée de la grève. C’est dire que, selon certains travailleurs, la CSTM a tout simplement voulu “se faire voir, pour plaire à certains de ses militants”.

Pourtant, le fonctionnaire de l’Etat sait pertinemment que le gouvernement n’a pas les moyens de satisfaire toutes les revendications exigées. L’on pouvait comprendre la grève, et même l’admettre, si ledit gouvernement n’avait pas satisfait à certains points de ces doléances. En effet, 13 points et un point d’accord partiel ont été satisfaits.

Aussi fallait-il donner au moins un délai ou un sursis à l’Etat, concernant les autres points qui, rappelons-le, resteront encore au nombre… de plus de 45. Mais ce que M. Guindo ignore peut-être, c’est que même si les 58 points avaient tous été satisfaits, “les problèmes ne finiront jamais, tant qu’il y aura du travail”, d’après un travailleur de l’administration.

Dans tous les cas, face à l’étonnement suscité par cette grève, les gens s’interrogent finalement. Le Secrétaire Général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Mali, Hamadoun Amion Guindo, n’est-il pas en train de “rouler” pour d’autres personnes? Ou veut-il seulement faire souffrir les travailleurs, quand on connaît la somme de désagréments de toutes sortes qu’une grève de si longue durée peut créer sur le sort des militants ?

Un échec patent

Face à l’incompréhension due à cette décision, la plupart des militants de la CSTM ont jugé nécessaire de ne pas suivre le mot d’ordre de grève. Ainsi, à part quelques écoles (là aussi tous les professeurs ne l’ont pas suivie), quelques banques et entreprises privées, la grève a été un échec.

En effet, la majorité de la population n’a vraiment senti aucun de ses effets collatéraux. Les transports urbain et interurbain (surtout à Bamako) n’ont guère réagi, tandis que les sotramas et durunis ont tout simplement boycotté la grève. Pire ou mieux -c’est selon-, tous les services gouvernementaux ont travaillé convenablement, et la circulation routière a également fonctionné à 100%.

Autant dire que le rêve de cette grève s’est complètement envolé. Face à cette situation, le Secrétaire Général de la Confédération syndicale a tenté de minimiser l’échec, en l’imputant… à un déficit de communication. Mais cela prouve aussi que cette grève n’avait pas sa raison d’être, puisqu’il n’y a pas eu de concertations et d’échanges préalables entre responsables et militants de la Confédération. Cet échec ressemble donc à un cinglant désaveu à l’endroit de son Secrétaire Général, M. Hamadoun Amion Guindo. Aussi, un observateur du milieu, de déclarer que les grévistes ne doivent pas en être fiers.

Pourtant, malgré cette grève, le gouvernement a exprimé sa disponibilité et sa volonté, en engageant de nouvelles négociations avec la CSTM, en vue d’une issue heureuse de cette affaire. Mais on a beau dire ou négocier, il ne sera pas aisé, pour le gouvernement, de satisfaire, à bref ou moyen terme, tous les 58 points de revendication. Et pour cause : “la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a”.

Quant à la CSTM, elle doit cesser de feindre d’ignorer cette réalité, car son exigence catégorique relève, pour l’heure, plus de l’utopie que de la fioriture. En matière de négociation, chaque partie doit faire des compromis pour faire avancer les choses et aboutir à un consensus. Il y va même du bonheur du pays.

Sadou BOCOUM

29 novembre 2007.