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Chaque jour nous rapproche des échances électorales de 2009 et 2012, et rend de plus en plus fébrile la classe politique malienne. En effet, l’agitation des partis se caractérise chaque jour par d’incessants mouvements marqués par une feinte sérénité, pour les uns, et un oppressant malaise, pour les autres.

Est-ce pour cette raison que, face auxdites échances, certains partis “mal à l’aise” ont choisi la sécurisante option de se fondre aujourd’hui dans d’autres qui se veulent plus ”aisés” et “sereins ”?

Selon la Constitution actuelle, le Chef de l’Etat, qui a été élu pour la deuxième fois à la tête du pays, le 29 Avril 2007, ne peut plus se présenter une troisième fois. Aussi, conscients de ce fait, les responsables politiques du pays -en l’occurrence l’ADEMA et l’URD- sont en train de tout mettre en oeuvre pour récupérer et les municipales de 2009, et les législatives et présidentielle de 2012.

Bref, tous ces partis guignent le pouvoir. Mais même si le pouvoir est au bout du fusil… politique, rares seront les élus, même s’il y aura beaucoup d’appelés. Aussi, si certains partis politiques aspirent à prendre le pouvoir en 2012, d’autres, par contre, conscients qu’ils n’ont pas les moyens d’atteindre cet objectif, préfèrent se fondre dans la masse des partis dits forts en vue de bénéficier des avantages liés audit pouvoir.

Des partis politiques tels que l’ADEMA et l’URD ont déjà commencé à enregistrer des adhésions et des réintégrations de militants et cadres d’autres partis et de leurs anciens militants. Mais c’est le parti de la Ruche qui est passe de devenir la principale attraction.

En effet, en plus du retour de ses anciens barons, on annonce une véritable ruée de micro partis politiques en direction du parti de l’Abeille. Après le RND, dans les coulisses, on parle déjà, entre autres, de l’adhésion de l’UDD et du PUDP de feu Maribatrou Diaby.

Même des associations, qui se sont formées lors des communales de 2004 et lors des législatives, sont en train de se ruer vers la Ruche.

Aussi, Dioncounda Traoré ne rate aujourd’hui aucune occasion pour dire haut et fort, à tout moment et en tout lieu, que l’objectif de l’ADEMA, c’est de reprendre le pouvoir en 2012.

D’ailleurs, c’est avec un ton de plus en plus intransigeant qu’il rappelle, à tous ceux qui veulent (ou non) l’entendre : “La reconquête du pouvoir que nous avions perdu en 2002 est une recommandation forte des instances de notre parti, depuis sa 8e conférence nationale. En décidant par la même occasion de soutenir ATT pour son second mandat, notre argument, face aux adversaires de ce soutien, était d’offrir à l’ADEMA toutes ses chances de réconquérir le pouvoir, aux échéances électorales suivantes”.

L’on comprend donc aisément cette ruée actuelle faite de hantise de bien des arrivistes politiques, tant au niveau de Bamako qu’à l’intérieur du pays. Selon un observateur de la scène politique, cette ruée se comprend.

Certains politiciens remisés pendant longtemps aux oubliettes. veulent profiter du prochain “partage du gâteau“. D’autres, par contre, entendent pouvoir bénéficier des faveurs de ces élections pour se “défaire” de la menace d’éventuelles poursuites judiciaires.

Si à l’ADEMA, à l’URD et au PSP, c’est la sérénité qui semble régner, au sein de certains partis, par contre, c’est un vrai malaise qui prédomine. C’est le cas du Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP) de feu Almamy Sylla, actuellement dirigé par Bénogo Diakité.

Selon nos sources, rien ne va plus au sein de ce premier parti créé après l’avènement du multipartisme, en 1991. En effet, à Bénogo Diakité, on reproche sa gestion clanique et partisane du parti dont il ferait une “propriété privée“.

D’ailleurs, lors de son dernier congrès en 2006, une frange importante des responsables et militants avaient déserté le parti : ils avaient prétendu que les idéaux et objectifs de feu Almamy Sylla sont bafoués.

Lors des élections législatives de 2007, le président avait été accusé d’avoir imposé sa femme contre le gré des responsables du parti. Et depuis, aucune réunion digne de ce nom n’aurait été tenue par le parti. Aussi, bien d’observateurs, de se poser la question : le RDP va-t-il aussi se fusionner dans un autre parti ? L’ADEMA ou l’URD?…

Un autre parti confronté à une crise latente, c’est l’ Union pour le Développement du Mali (UDM). A peine porté sur les fonts baptismaux, voilà qu’un malaise s’est installé entre les militants et les fondateurs du parti.

Ainsi, on assiste, depuis quelques jours, certaines déclarations du député de Sikasso, M. Housseini Amion Guindo, fustigent l’attitude du président du nouveau parti, M. Ibrahima Siby et ses compagnons.

Néanmoins, la certitude qui met du baume au coeur, c’est que la classe politique malienne est de plus en plus en train de prendre conscience de la nécessité de regroupement des partis politiques. En effet, il ne sert à rien de créer des partis politiques uniquement pour bénéficier du financement de l’aide publique.

Au Mali, il existe des partis politiques qui se résument seulement au “grin”, à la famille, voire au seul président. Ce qui explique que certains partis politiques ne possèdent ni bureau, ni secrétariat, ni adresse. Pire, il existe 116 partis politiques qui, en aucune manière, ne peuvent avoir 116 projets de société dans ce pays.

Face à toutes ces imperfections, la recomposition de la classe politique malienne permettra au pays de pouvoir parachever l’oeuvre entamée par le Chef de l’Etat depuis 2002. Ce qui sera profitable à l’ensemble de la population malienne.

Sadou BOCOUM

13 Mai 2008