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Au vu du climat socio-politqiue caractérisé, depuis quelques années déjà, par des turbulences en tous genres au sein des partis politiques les plus en vue, bien des observateurs craignent qu’à l’échéance de 2012, la sucession d’Amadou Toumani Touré sur le fauteuil présidentiel de Koulouba soit source de vrais dilemmes.

Et pour cause : au regard du succès des actions du Chef de l’Etat et de ses réalisations entreprises depuis son accession au pouvoir, les Maliens ne voient, pour l’heure, point d’homme susceptible de poursuivre et mener à bien – et à terme – lesdites réalisations avec autant de détermination.

Autrement dit, “l’homme rare”, qui pourrait valablement reprendre le “flambeau” présidentiel, se fait toujours attendre. Faudrait-il alors que la nation malienne se résigne à subir l’ancien adage“après moi, le déluge”? N’y a-t-il pas, dans les rangs des partis politiques et de la société civile, ce successeur susceptible de répondre, dans cinq ans, après le Chef de l’Etat, aux attentes du peuple malien?

Pourtant, le président nouvellement élu de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, est convaincu que cette succession d’ATT à la Présidence de la République sera assurée. Dès lors, la question se pose : de quelle couche ou de quel bord sera issu ce successeur?

A entendre le président de l’Adéma et de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP), l’on pense tout de suite à ce parti de l’Abeille et cette alliance de la mouvance présidentielle.

Ce qui entraîne, du coup, une autre question non moins pertinente : y a-t-il, parmi ces hommes et femmes de l’Adéma et de l’ADP, cette “perle rare” qui pourrait briller jusqu’à égaler, sinon dépasser le bilan de la gestion d’ATT au cours de ses dix ans de mandat présidentiel?

Bien des Maliens en doutent pour l’instant, bien que “dans cette vie, tout est possible”, comme le constate un militant d’un parti de l’ADP. Le président de l’Hémicycle, Dioncounda Traoré, lui, n’en doute pas.

Dans un entretien accordé à “Jeune Afrique” – semaine du 16 au 22 septembre 2007 -, le président des Adémistes affirme : “… Etant dans son rôle central dans la démocratie malienne, (NDLR) : parlant d’ATT), sa succession sera difficile. Mais il y a au Mali beaucoup d’hommes et de femmes qui ont les qualités réquises pour occuper sa fonction. Au cours de ces cinq prochaines années, certains d’entre eux émergeront. Cest ça, la politique.

Mais la plupart de l’opinion n’est pas du même avis : selon bien des Maliens interrogés, il est fort improbable que le remplaçant d’ATT sorte du milieu politique, encore moins des rangs de l’Adéma ou de l’URD, fussent-ils “majoritaires” à l’Assemblée. A moins que ce successeur surgisse de la société civile. Diverses raisons sous-tendent ces allégations.

Les élections présidentielles et législatives de 2002 et 2007 ont assez édifié les électeurs et les populations sur les capacités, les limites, et surtout, le comportement des acteurs politiques.
Si bien que, sauf par un fait exceptionnel, il paraît aujourd’hui illusoire, sinon impensable, que les Maliens acceptent de choisir, en 2012, un Président de la République parmi les actuels tenors connus de la classe politique.

Surtout qu’on craint déjà d’éventuelles futures dissenssions ou ruptures à l’Assemblée, d’un côté entre l’Adéma et l’URD, et de l’autre, au sein même de l’ADP. Car des frustrations pourraient bien naître de la répartition des postes au sein du bureau parlementaire.

D’autre part, quels dégâts le réglement intérieur, premièrement adopté par les députés, aurait-il pu provoquer au sein de l’Assemblée, si ses “erreurs” avaient échappé à la vigilance de la Cour constitutionnelle? Toute chose qui augure déjà, à l’avenir, une possible mésentente entre les élus de l’hémicycle, dont les partis auront, le plus, voix au chapitre.

Mais l’optimisme du président des Ruchers et patron de l’Assemblée semble balayer tous ces doutes d’un revers de la main. “… Je veillerai à ce que l’Assemblée nationale joue pleinement son rôle, tel qu’il est défini par la constitution. Elle ne sera pas une chambre d’enregistrement, loin de là. L’opposition y aura toute sa place.”, assure Dioncounda, toujours dans les colonnes du confrère “Jeune Afrique”.

C’est dire que le président de l’ADP aura, sous peu, du pain sur la planche… des députés, sinon une galette brûlante entre les doigs. Et pour cause : autant il était aisé, pour un Adéma majoritairement écrasant, de sièger sans problème à l’Assemblée, entre 1992 et 2002, autant il lui est aujourd’hui difficile d’y dicter ses desiderata.

Car, non seulement les Ruchers ne disposent pas seuls de cette majorité actuelle à l’Assemblée, mais l’Adéma de l’Alpha Oumar Konaré n’a plus le même visage politique que celui de 2002 à 2007.
Autant de facteurs qui incitent bien des Maliens à ne pas croire qu’un candidat présidentiel acceptable par la population puisse sortir du milieu des acteurs politiques actuels, fussent-ils influents.

En attendant, l’échaffaudage parlementaire de l’Hémicycle poursuit son bonhomme de chemin. Dans la matinée du 21 septembre 2007 déjà, les 8 groupes parlementaires – en fait, des alliances des partis selon leurs affinités politiques – sont mis en place.

Et les 147 élus se sont constitués en groupements, dont 46 pour l’Adéma, 29 à l’URD, 24 pour les Indépendants, 13 à… l’Alliance pour la Consolidation de la Mouvance présidentielle, cette autre alliance qui se veut aussi majoritaire, et rassemblant des partis tels que le Barica, le BDIA, l’UDD…

Certes, le souhait de tous les Maliens – y compris les électeurs, en dépit de leurs faible participation aux suffrages des élections passées – c’est que le consensus parlementaire prime aussi à l’Assemblée, et ce, jusqu’aux consulations électorales de 2012.

Ce serait l’idéal, mais une“utopie”, selon l’avis d’un cadre qui explique : “Ce serait trop beau pour être vrai. Car il est toujours difficile, pour nos grands partis politiques, de savoir raison garder tant qu’il est question d’enjeu politique important…

Une remarque qui rejoint celle de l’autre, citée par ATT, lors de la traditionnelle remise des prix d’excellence aux élèves méritants, ce 21 septembre 2007, au Palais de Koulouba : “On gouverne, certes, avec la politique, mais c’est avec la compétence qu’on travaille”.

Oumar DIAWARA

24 septembre 2007.