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L’étape de Kara aura été véritablement celle du rendez-vous du donner et du recevoir.

Si les Togolais se sont fait un point d’honneur à livrer toutes informations sollicitées par la partie malienne, ils se montrés, en revanche, vivement intéressés à avoir des éclairages sur l’expérience malienne, notamment en ce qui concerne les aspects touchant à la qualité du coton, la fixation des prix, le financement de la campagne de commercialisation, le traitement phytosanitaire, entre autres centres d’intérêt.

L’intérêt des paysans togolais a été surtout suscité par le fait qu’au cours de la présentation de la délégation malienne, le chef de mission, Abdoulaye Traoré, a qualifié les paysans qui ont fait le déplacement de producteurs de « bon coton ».

Les grandes interrogations des Togolais

Qu’est-ce qu’un producteur de bon coton ? Et que faut-il faire pour devenir producteur de bon coton ? Des questions posées par les cotonculteurs togolais.

A la première question, le chef de la délégation malienne a répondu que les paysans qui ont eu l’insigne honneur d’être qualifiés de producteurs de « bon coton » le doivent au fait qu’ils produisent du coton de qualité de tête. M. Traoré de prendre l’exemple d’un groupement de paysans dont la récolte de 200 tonnes est constituée à 98% de  » Sarama  » le nec plus ultra dans la gamme du premier choix.

A la deuxième question, M. Traoré a choisi de donner la parole à Karamoko Dembélé, un cotonculteur de Koutiala qui a fondé sa réputation sur la qualité de son coton. Il expliquera que la qualité commence d’abord depuis le semis et se poursuit par une application rigoureuse des consignes agricoles prodiguées par l’encadrement tout le long de la campagne agricole, y compris le dosage des pesticides.

Il confiera à ce sujet qu’il traite entre 7 et 8 fois son champ au cours de chaque campagne de production. L’observation scrupuleuse de toutes les normes agricoles, lui a déjà permis de récolter 60 tonnes de coton graine sur ses 27 hectares. Ce qui lui a valu de figurer parmi les lauréats du concours organisé, cette année à l’intention des producteurs maliens de l’or blanc. Autant dire qu’avant tout le coton est une affaire de professionnels.

Le chef de la délégation fera aussi remarquer que dans un contexte marqué par la morosité des cours et face à des difficultés de tous ordres, seule la recherche de la qualité peut permettre à nos filières de relever les défis et à nos producteurs d’engranger quelque chose.

Pour ce qui est du financement, M. Traoré a assuré que c’est la Banque de Développement du Mali (BDM-SA) qui le négocie à la tête d’un pool de banques européennes et africaines.

Des ristournes cette année pour les cotonculteurs maliens

C’est ainsi que pour la campagne en cours plus de 125 milliards de FCFA ont été ainsi levés. Ce qui a permis à la CMDT d’honorer ses engagements auprès de ses fournisseurs et notamment des producteurs, sans grande difficulté, avec un taux d’intérêt tournant entre 6 et 7%. Ce que le chef de la délégation malienne ne savait pas, c’est que son intervention faisait rêver les producteurs togolais qui étaient pendus à ses lèvres buvant littéralement ses mots. L’émerveillement atteignit son comble au moment où Abdoulaye Traoré fit savoir que cette année, en fin de campagne, les cotonculteurs maliens auront droit en juillet à des ristournes.

On peut aisément comprendre l’état d’esprit des paysans togolais si l’on sait que certains d’entre eux attendent encore tout simplement leurs paiements pour du coton livré à la faveur de la campagne 2004-2005 et d’autres mêmes pour celle de 2003-2004.

Les responsables de la Société Cotonnière du Togo ont admis l’existence de ces arriérés en l’imputant à des difficultés financières que la SOTOCO traverse depuis un certain temps. Cette situation n’est certainement pas étrangère à la chute de la production cotonnière du Togo qui a débuté, à sa création en 1974, avec 7 000 tonnes pour atteindre une production record de 187 000 tonnes en 1998-1999, avant de dégringoler en 2005-2006 avec seulement…70 000 tonnes.
Une contre-performance qui s’accompagna d’une baisse sensible du rendement à l’hectare. De 1019 t/ha en 2001-2002 il a été de 879,1 t/ha en 2003-2004.

Ont pris part à ces échanges le président de la Fédération Nationale des Groupements des Producteurs de Coton du Togo, Baba Djabakaté et du Directeur au soutien à la production de la SOTOCO.

Yaya SIDIBE

25 avril 2006.