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L’actualité en milieu de semaine dernière au Mali, a été emballée par la libération d’otages occidentaux dont la Française Sophie Pétronin, et du chef de file de l’opposition malienne, Soumaïla Cissé, contre une deux centaines de combattants djihadistes alors détenus dans des prisons du pays. Passée l’euphorie des premières heures face à la liberté recouvrée par les ex-otages, l’heure est à l’analyse et aux questionnements au fur et à mesure que les dessous de cette transaction se révèlent au grand jour. En effet, si le nombre précis de djihadistes libérés contre les quatre otages, reste flou, de nombreuses sources et pas des moindres s’accordent à dire que le chiffre tourne autour des deux cents. S’il faut ajouter à cela, le joli pactole de  20 millions d’euros de rançon qu’il aurait réussi à obtenir à l’appui de la libération de ses moudjahidines, il faut croire qu’Iyad Ag Ghali partait déjà en position de force à ces négociations, pour avoir réussi à obtenir la libération d’autant de combattants contre les quatre otages libérés. Et c’est peu dire que c’est en chef de guerre encore plus fort, qu’il se présentera désormais face à nos Etats.

Après s’être refait une santé financière et militaire, Iyad Ag Ghali a de quoi pavoiser

Car, en plus de renforcer ses troupes avec le retour de ces vétérans de la guerre et des attentats terroristes, il dispose aussi du nerf de la guerre qui vient, quoi qu’on dise,  augmenter davantage sa marge de manœuvre sur le terrain. C’est dire si après s’être refait une santé financière et militaire, Iyad Ag Ghali a désormais de quoi pavoiser. D’autant qu’à côté de ces négociations dont il tire visiblement le plus grand dividende au détriment de ses adversaires,  cette opération est venue renforcer, à titre purement individuel, son aura au sein des siens qui voient désormais en lui, le leader accompli au point que certains n’ont pas hésité à déclamer des odes laudatrices à sa gloire. C’est dire si dans cette opération d’échanges de prisonniers et d’otages au Mali, Iyad Ag Ghali est le plus gagnant sur toute la ligne. D’autant que de l’autre côté, beaucoup se demandent encore pourquoi, en  plus de la libération des illustres otages, les négociateurs du Mali n’ont pas pu obtenir davantage de concessions des djihadistes. En plus, à écouter certains de ces ex-otages, on se demande si ces derniers n’ont pas été plutôt sensibles au discours voire à la cause de leurs ravisseurs. En somme, gagnés par le syndrome de Stockholm. En tout cas, pour bien des observateurs, le discours n’est pas celui d’ex-otages qui auraient toutes les raisons du monde d’en vouloir à leurs ravisseurs.  Au contraire ! Quoi qu’il en soit, maintenant que certains méchants loups djihadistes reconnus comme tels, sont dans la nature, il faut craindre pour les populations du Sahel déjà durement éprouvées par les attaques terroristes qui n’en finissent pas, et qui sont venues dérégler leur quotidien en semant la mort et la désolation sur leur passage. Quant à nos braves soldats, sans remettre en cause la libération des ex-otages, on se demande dans quel état d’esprit les met cette sorte de travail de Sisyphe qui les contraint à repartir à nouveau à la traque de dangereux terroristes qui leur ont déjà montré, de par le passé, des vertes et des pas mûres et qu’ils avaient eu toutes les peines du monde à faire mettre au frais.

Le terrorisme a encore de beaux jours devant lui

C’est pourquoi l’on peut être amené à se demander si dans cette guerre asymétrique que nous imposent les forces du mal tout en dictant les règles du jeu sans aucun égard pour le droit international, nous tenons le bon bout. La question se pose d’autant plus aujourd’hui qu’à la lumière de cet échange déséquilibré, l’on peut se demander quel sens on donne encore à la lutte contre le terrorisme dans nos contrées, si l’on peut passer des années, très souvent au péril de sa vie, à combattre, à traquer un ennemi qui ne s’impose aucune limite ni règle d’humanisme dans la violence gratuite contre des populations sans défense, pour finalement voir des prisonniers durement constitués, être libérés à la faveur d’un vent favorable. C’est un retour à la case départ qui a de quoi interroger sur la stratégie à adopter pour ne pas se retrouver, même à son corps défendant, dans le rôle du dindon de la farce. Autant dire que si la libération des ex-otages est un grand coup dont on ne peut que se féliciter, la note s’avère particulièrement salée pour nos Etats. Non seulement pour ce qui a déjà été fait en termes d’élargissement de djihadistes et de paiement de rançon, mais aussi pour ce qui reste à venir en termes de recrudescence des attaques terroristes. Et qui sait si d’ici là,  cette affaire ne révèlera pas d’autres dessous encore cachés ? C’est dire si le terrorisme a encore de beaux jours devant lui dans cette partie de la planète.  En tout état de cause, les gouvernements sont prévenus et chacun sait désormis à quoi s’en tenir. Car, si, comme il se dit, Iyad Ag Ghali trouve que cette opération est beaucoup plus rentable que les attaques « classiques » qu’ils ont à leur actif, il faut croire que c’est une piste qu’il ne manquera pas d’exploiter à fond. D’autant qu’à en croire certaines sources,  son groupe dispose encore d’autres otages, sachant aussi qu’il a par ailleurs les moyens de multiplier les rapts dans ce vaste désert du Mali qu’il connaît comme sa poche, voire au-delà, et qui apparaît, à bien des égards, comme le ventre mou de la lutte contre le terrorisme dans la sous-région.

« Le Pays »