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L’assainissement des déchets liquides reste le parent pauvre des politiques urbaines et des projets. Trop souvent, analysent les spécialistes, il est injustement considéré comme moins prioritaire que la distribution d’eau potable, à laquelle il devrait être systématiquement associée.

On entend par déchets liquides les eaux ou fluides modifiés dans leurs qualités par écoulement pluviale, l’utilisation ménagère, commerciale, agricole, artisanale ou industrielle. Selon les statistiques de la direction nationale de l’assainissement, du contrôle des pollutions et des nuisances (DNACPN), la production des eaux usées domestiques à Bamako est estimée à 32.000 m3/jour. Ces eaux proviennent pour la plupart des activités de lessive, bain, vaisselle. On estime a plus de 3000 m3/jour la quantité d’eaux usées industrielles déversées chaque jour dans le fleuve Niger à Bamako.

Ces eaux sont surtout chargées en métaux lourds, sulfates, phénols, chlorures, nitrates et matières organiques. La quantité d’eaux usées générée par les teinturières est de 1000 m3/jour. La totalité de ces eaux sont rejetées dans les caniveaux, les marigots, sur le sol et aux abords des concessions sans aucun traitement. Au Mali, les pluies ont un régime torrentiel et peuvent provoquer facilement des inondations. Le drainage des eaux pluviales se fait à partir des collecteurs (naturels et aménagés) et les caniveaux. Quoique insuffisant, ce réseau de drainage des eaux pluviales est utilisé à d’autres fins comme l’évacuation des eaux usées domestiques, industrielles, artisanales dépôt des déchets solides.

L’évacuation des eaux usées se fait par l’assainissement individuel, semi-collectif et collectif. Un ouvrage individuel est un dispositif que l’on met en place pour gérer les eaux usées domestiques et les excréta. Il s’agit des lavoirs, puisards, fosses septiques, latrines, tranchées d’infiltration pour les ménages. Les ouvrages semi collectifs sont composés de système de mini-égouts et égouts. Les réseaux de caniveaux et collecteurs constituent les ouvrages collectifs.

Cependant, regrette Abdoul Aziz Sanogo du ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, l’assainissement des eaux usées se caractérise par le faible taux de couverture nationale et la non maîtrise des techniques de construction. Le résultat de l’enquête démographique et sanitaire effectuée en 2001 par le ministère de la Santé sur toute l’étendue du territoire, confirme les affirmations de notre interlocuteur.

En milieu urbain, seulement 33% des ménages disposent de toilettes adéquates ; 65% de ménages disposent de latrines rudimentaires et 2% des ménages ne possèdent pas de toilettes. En milieu rural, 9% des ménages disposent de toilettes adéquates ; 61% de ménages disposent de latrines rudimentaires ; 30% des ménages ne disposent d’aucun type de toilettes.

En assainissement semi collectif (système de mini-égout et égout), seule Bamako bénéficie d’un réseau de mini-égouts long de 37,5 km. Il dessert les quartiers de Banconi-flabougou sur 12 km, Baco-djicoroni sur 25 km et l’Hippodrome sur 0,5 km. Suite à un récent aménagement, la commune de Mopti dispose d’un réseau long de 7,2 km.
Bamako qui est la plus équipée en ouvrage collectif ne dispose que d’un réseau de collecteur dont la longueur totale est de 27 km et réparti en 9 tronçons qui ne desservent que 1,5% de la population.

Le péril fécal. Cette situation est exacerbée par l’inexistence de traitement secondaire, tertiaire et de désinfection des eaux usées. Encore moins, le traitement primaire (dégrillage, dessablage, décantation) qui, du reste, est insignifiant pour réduire la nocivité des eaux usées industrielles, explique Abdoul Aziz Sanogo. On assiste, selon lui, à l’insuffisance notoire de station de traitement pour les déchets liquides dans toutes les villes du pays.

A cause de l’inexistence d’ouvrage d’assainissement en milieu rural, 40% de la population procède à des défécations dans la nature, accentuant ainsi le péril fécal. Le manque d’entretien des ouvrages existants conduisent à la pollution des eaux de surface (fleuve, rivière, mare, marigot) par les eaux usées domestiques, artisanales et industrielles, à la contamination de la nappe souterraine et l’inondation des villes.

Cependant, la mauvaise gestion des déchets liquides a des conséquences néfastes sur l’homme et sur l’environnement. En effet, sur le plan sanitaire l’insuffisance des systèmes de traitement des eaux usées accentue l’importance du péril fécal. Les matières fécales contaminent les eaux usées domestiques urbaines et industrielles. Ces eaux usées à leur tour contaminent les sources, les rivières, les points d’approvisionnement en eau potable, les cultures maraîchères, etc. Les ouvrages d’assainissement mal entretenus sont un milieu privilégié de multiplication des vecteurs de maladies (rat, mouche, souris, moustique, cafard, etc.)

Selon une étude de l’OMS, 80 à 85% des maladies ont un lien étroit avec l’insuffisance d’assainissement en Afrique intertropicale. Ce sont le paludisme, la typhoïde, les hépatites, le choléra, les dermatoses, les maladies gastro-intestinales, etc.

Sur le plan environnemental, on assiste à la dégradation des espaces et le dégagement de mauvaises odeurs. La destruction des frayères, le colmatage du lit des cours d’eau, l’obstruction des branchies des poissons, la diminution de la diversité de la faune et de la flore aquatique. Un effet nuisible sur les micro-organismes épurateurs. Les résultats d’une étude du Centre de recherche pour le développement international (CRDI) sur l’état de la pollution des eaux souterraines du district de Bamako a relevé que sur 30 puits échantillonnés, la teneur en nitrates dans les puits à Bozola est de 2,23 mg/l alors que la norme admise est de 0,10 mg/l. La teneur en nitrates dans les puits à Niaréla est de 145,2 mg/l pour une norme de 10 mg/l.

Ces déchets mal gérés compromettent le devenir de nos villes et campagnes, prévient Abdoul Aziz Sanogo. Les études d’impact sur l’environnement, le développement du cadre de concertation et le changement de comportement des populations sont des lignes de conduites à observer pour obtenir de bons résultats de gestion des déchets liquides.

Développer des réseaux de mini-égouts. De l’avis de Sidi Keïta, chef de division à la DNACPN, il existe des solutions d’amélioration de la gestion des déchets liquides au Mali. Il propose en effet de développer le cadre de concertation dans le but de mettre en cohérence les actions de nombreux intervenants, de faire connaître les textes au public par leur diffusion dans les langues nationales. Organiser les acteurs de base (population, GIE) et renforcer l’information, l’éducation, la communication et l’application des textes.

D’autre part, il faut doter chaque ville du pays d’un plan stratégique d’assainissement (PSA). Élaborer un schéma directeur d’assainissement du district de Bamako avec la Banque africaine de développement (BAD). Mettre en œuvre l’initiative de la BAD pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement en milieu rural.

Équiper la ville de Bamako d’une station de traitement des eaux usées dans le cadre du PAZI-SA avec l’aide de la coopération des Pays-Bas dont le coût est estimé à 6,8 milliards de Fcfa. A la DNACPN, on préconise de développer des réseaux de mini-égouts à travers le pays dans les localités ou le terrain est favorable. Il faut, selon Sidi Keïta, amener les citoyens à participer à l’effort de gestion par l’application d’une politique incitative et promouvoir la réalisation des ouvrages individuels d’assainissement dans les zones qui s’y prêtent à travers le pays de manière progressive.

Depuis la mise en oeuvre de la politique de décentralisation dans pays au milieu des années 1990, l’assainissement a été une activité dévolue aux collectivités. Les populations étant les principaux acteurs des communes, doivent être au coeur de la mise en oeuvre du système d’assainissement.

Mais la précarité des populations conjuguée au manque de ressources des collectivités ont obligé l’État à prendre en charge l’assainissement urbain en général, et celui des eaux usées en particulier. Comme on peut le constater, l’État investit chaque année des centaines de millions dans le curage des caniveaux. Il finance les opérations de fumigation et de délarvation, entre autres. Et participe à la réalisation des ouvrages collectifs.

Par ailleurs, bien que le réseau soit exploité par une institution publique, il n’offre pas les garanties minimales d’un service public. Parce l’État ne peut pas financer de vastes réseaux d’égouts et parce que la forte consommation d’eau (20 à 40 litres par jour et par personne) compliquent l’exploitation de ces réseaux qui nécessitent de fréquents et coûteux curages, la situation ne devrait pas sensiblement changer au cours des prochaines décennies.

C. A. DIA – L’Essor

19 Février 2008.