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« Enjeux et défis de la nationalisation de l’eau et l’électricité » était au centre d’une conférence débats samedi au complexe sportif de Sogoniko. Organisée par la Coalition des alternatives africaines/dette et développement (CAD-Mali), cette conférence est la première d’une série qui s’étendra à toute la capitale.

En initiant une série de conférences sur les enjeux et défis de la nationalisation de l’eau et l’électricité, CAD-Mali, aux dires de sa présidente Barry Aminata Touré, veut instaurer le débat contre « l’injustice sociale et économique, la politique de libéralisation imposée à nos Etats par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international avec la complicité de certaines multinationales ».

Le but recherché est donc de fustiger les politiques de privatisation des sociétés et entreprises d’Etat et « exiger » leur ré-nationalisation. Alors, pour l’EDM-SA, les questions centrales, selon les deux conférenciers l’économiste consultant Daouda Moussa Koné et Sékou Diarra, socio économiste, portent sur les profits, les pertes ainsi que les difficultés de la nationalisation de l’eau et de l’électricité.

Dans son exposé, le premier a évoqué les différents parcours de la société EDM de sa création le 14 octobre 1960 à 2005. Société étatique en 1960 avec 55 % du capital, l’EDM sera privatisée en 2000 avec 60 % au capital étranger. « Car, 40 ans après sa privatisation, EDM n’a pu assurer que 8 % de la couverture en milieu urbain et 1 % en milieu rural et 25 % pour l’eau. La privatisation qui devait corriger ces lacunes ne fera qu’enfoncer davantage la société avec son lot de flambée de prix des produits et subventions. Le Trésor public a dépensé 17 milliards de subventions au profit de Saur International. Et sur les 142 milliards qu’il devait investir, Saur n’a déboursé que 49 milliards », a expliqué M. Koné. Ce qui amènera l’Etat à retirer Saur International du capital en 2005.


Le Faso, pourquoi pas le Mali ?

Ainsi commence la troisième vie de la société avec 66 % du capital à l’Etat et 34 % à IPS-W. Mais, pour le conférencier, le Mali doit exclure totalement le capital étranger de la gestion d’un secteur aussi stratégique que l’eau et l’électricité. Car, avancera-t-il, « on a tout à gagner dans la nationalisation. Mais, on a tout à perdre avec le capital étranger ».

Abondant dans le même sens, le second conférencier Sékou Diarra dira que « l’eau est un droit fondamental et ne doit être, en aucun cas, une ressource marchandisable ». Prenant exemple sur des pays comme le Brésil, M. Diarra a souligné que dans un monde où les puissances mondiales ont décidé de tout privatiser sur leur passage, y compris nos vies, la riposte doit venir des citoyens à la base.

La nationalisation, a-t-il poursuivi, repose sur un ensemble d’enjeux au nombre desquels la question de la dépendance, de l’économie et des finances, de l’écologie, etc. Face à ces enjeux, les défis sont énormes. Il s’agit, entre autres, de la transparence, de la participation des communautés à la gestion de l’eau, la responsabilisation des acteurs, la gestion efficiente des bénéfices.

Des débats houleux avec notamment les contributions du syndicat d’EDM-SA, il est ressorti que la nationalisation est bien possible. « Au Burkina Faso où il n’y a pas de fleuve, l’eau coule à flot dans les robinets et à moindre coût. Il suffit seulement qu’il y ait de la volonté politique », a conclu le conférencier.

Sidiki Y. Dembélé

15 août 2007.