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Ou encore : « c’est ma fille qui sait manipuler mon téléviseur ». Ce genre de confidences n’est pas rare dans les conversations des adultes. Voilà une indication expressive de la prédilection des jeunes et même des enfants pour les technologies de l’information et de la communication (TIC). Si les jeunes ont tant de facilité à maîtriser les appareils électroniques, ils en bénéficieront certes, mais ils seront aussi exposés aux inconvénients.

Les jeunes constituent des véhicules sûrs sur la route de la démocratisation des TIC. Les pouvoirs publics l’ont bien compris et n’ont pas tardé à l’exploiter par le biais de manifestations comme le e-festival et la fête de l’Internet.

Le e-festival, rendez-vous numérique annuel organisé, depuis 2004, par le ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies, représente une opportunité pour les élèves et les étudiants de s’initier et se familiariser avec l’outil informatique. Cette manifestation est aujourd’hui un grand rendez-vous au service de la vulgarisation des TIC. Chaque année, pas moins de 1000 élèves et étudiants profitent de cette opportunité. Beaucoup de jeunes bénéficient ainsi des sessions de formation initiées à l’occasion des fêtes de l’Internet par les associations et organisations opérant dans le secteur des TIC.

En plus des opportunités de formation, les jeunes disposent de multiples possibilités d’accéder à l’ordinateur et même à l’Internet. L’ordinateur n’est, en effet, plus cet appareil mystérieux, réservé aux informaticiens. Le PC est un outil de travail qui est même devenu indispensable dans bien des secteurs. Internet aussi s’est fortement vulgarisé. Au bureau, dans les cyberespaces ou encore à domicile.

Cette foule d’utilisateurs de l’ordinateur est exposée au quotidien à un flot important d’informations et d’images « tombées » du ciel, et pas toujours saines. Tout comme les téléspectateurs et les usagers du téléphone portable.

Quand on sait que la majorité ou presque des personnes « branchées » aux TIC sont des jeunes voire des enfants, l’on convient que le risque des influences néfastes n’est pas négligeable. D’autant plus que les jeunes et les enfants sont beaucoup plus ouverts aux influences.

La vermité et autres fauves féroces

Internet est une jungle dans laquelle même les adultes sont en danger. Que dire des enfants qui s’y aventurent ? La toile mondiale est une mine intarissable d’informations. Mais elle grouille aussi de vermine et autres fauves féroces. Les escrocs y ont pignon sur rue et tentent de plumer les pigeons naïfs et imprudents. Ces petits malins cherchent à accrocher des jeunes, et des moins jeunes, à leur tableau de chasse.

En faisant miroiter des opportunités d’emplois dans des pays comme le Canada ou les États-Unis. Ou encore en vous annonçant que vous avez gagné à des loteries ou des jeux concours. Les ficelles sont souvent grosses, mais beaucoup d’internautes non avisés se font avoir et découvrent qu’ils ont été délestés de leurs économies.

Quant aux pédophiles, ils ne manquent pas d’astuces pour attirer les enfants dans les pièges. Ces déséquilibrés écument l’Internet à la recherche d’enfants à abuser. Les sites de rencontre et de discussion constituent leur terrain de chasse. Les jeunes sont friands de ces forums où on débat cachés derrière des pseudonymes. Tapis dans l’anonymat que cela peut garantir, des adultes malintentionnés se font passer pour des jeunes afin d’établir des contacts avec les mômes.


Dans les pays développés,
ces criminels sont traqués par des cyberpoliciers qui ont les moyens de surveiller les sites à risques. Mais quid chez nous ? Nos enfants ne bénéficient pas de ce genre de protection hi-tech pour le moment. Des moyens du bord permettent bien aux parents de mettre leurs enfants à l’abri des escrocs, des pédophiles voire des images pornographiques. Au moins sur les machines connectées à domicile.

CYBERsitter, accessible sur le site www.pcastuces.com/logitheque/cybersitter, est capable de limiter l’accès aux sites dont le contenu paraît inacceptable. Le site www.fss.live.com offre les mêmes possibilités. Cette solution n’emballe pas beaucoup les gérants de cyberespaces qui craignent une érosion de leur clientèle juvénile, attirée par les sites à risques.

Il reste les images de la télévision et celles véhiculées grâce au bluetooth et à l’infrarouge. Notre pays est ouvert aux quatre vents aux images des chaînes satellitaires. Les films pornographiques et autres éléments truffés de scènes érotiques, défilent sur certaines chaînes de télévision à longueur de journée.

On ne compte plus les images privées ayant fait le tour des téléphones portables de la ville de Bamako. Une candidate à l’élection Miss ORTM a vu ses images dévêtues circuler dans le milieu des jeunes.

Nul n’est à l’abri de ce genre de mésaventure tant le manque de réglementation est criard ou inopérant dans le secteur des TIC. Mamadou Iam Diallo, conseiller technique au ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies, définit ces dérives comme « une atteinte aux libertés individuelles et un délit informatique qui doit être réprimée par la loi ».

Il révèle que notre pays, à travers le Comité de régulation des télécommunications (CRT), est à pied d’oeuvre pour créer un environnement juridique propice à l’évolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) et à la protection des libertés individuelles en informatique.

Ousmane Bamba, juriste et expert des TIC, préconise comme solution d’installer un pool pluridisciplinaire qui sera chargé de plancher sur les problèmes de fraude, les abus et atteintes à la vie privée en matière d’informatique. Notre interlocuteur pense que les opérateurs téléphoniques et les providers (fournisseurs d’accès) doivent disposer de bases de données fiables sur leurs clients.

« Pour cela, il faut qu’on cesse d’acheter les puces n’importe comment et que les puces soient individualisées pour faciliter les besoins d’enquêtes », propose-t-il. La tâche n’est pas mince.


B. TOURÉ

14 Mai 2009