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web-30.jpgDepuis juillet dernier, le commissariat du 4è arrondissement est fréquemment alerté par des conducteurs de taxis qui viennent presque tous les jours déclarer un braquage à Daoudabougou. Tous les plaignants décrivaient des malfaiteurs opérant en duo et armés d’un pistolet et d’une machette.

Les plaintes étaient devenues si nombreuses que le commissaire Moumini Séri a fait appel aux brigades de recherche et de renseignement des autres commissariats de la rive droite de Bamako pour lui prêter main forte. Tous les pièges posés n’ont pas permis de mettre hors d’état de nuire les braqueurs. Pendant une semaine, les éléments en embuscade près de l’endroit indiqué par les plaignants, n’ont rien vu. Finalement la lassitude commença à gagner les policiers et les brigades de recherche et de renseignement des autres commissariats. Ceux-ci ont repliés, laissant l’équipe du 4è arrondissement se débrouiller.

Apparemment les deux bandits étaient informés de la mobilisation des policiers à leurs trousses. Deux jours après que les policiers des autres commissariats eurent décroché les bandits reprirent du service. Ils ignoraient certainement que les agents du 4è arrondissement n’avaient pas abandonné les recherches. Ils tombèrent donc dans le piège au moment où ils s’y attendaient le moins. Dans la nuit du 22 août, la patrouille du 4è arrondissement gagna à l’endroit indiqué par les plaignants. Parvenus sur le terrain, les policiers se divisèrent en deux groupes. Le premier s’est installé devant le lycée Kankou Moussa. Le second prit ses quartiers après la station Eosy.

UNE NUIT PLUVIEUSE

Il pleuvait cette nuit à grosses gouttes. Les piétons étaient rares sur les routes et on pouvait difficilement imaginer un taxi traverser une zone obscure comme celle qui sépare le lycée de la station d’essence. Le terrain vague, long de plus de 100 mètres, était recouvert d’eau et les quelques véhicules qui l’utilisaient comme raccourci patinaient et creusaient de longs sillons en zigzag.

Malgré le froid, l’humidité, et surtout les moustiques, les policiers sont restés stoïques jusqu’aux environs de 4 heures du matin.

Pendant ce temps, Moussa Traoré dit Moussablen et Bourama Bagayogo dit l’Homme noir étaient en ville dans les environs du Dabanani. Le premier est chauffeur de Sotrama et le second son apprenti. Les deux hommes sortirent de leur tanière et opérèrent comme d’habitude. Ils se dirigèrent vers la principale voie qui traverse le Grand marché de la capitale et l’un d’eux fit signe à un taxi. Le conducteur fit marche arrière jusqu’au niveau des deux clients et leur demanda leur destination. Moussablen lui expliqua qu’ils voulaient se rendre à Daoudabougou. Le taximan fixa son tarif et les deux hommes s’engouffrèrent dans la voiture. L’apprenti s’installa sur le siège à coté du chauffeur alors que son patron occupait les coussins arrières.

Chemin faisant vers la destination indiquée, l’Homme noir demanda au chauffeur de ne pas s’arrêter s’il arrivait que des policiers le sifflent. Il expliqua au chauffeur qu’aucun d’eux ne détenait sur lui sa pièce d’identité. Le chauffeur leur expliqua que refuser d’obtempérer était impossible mais qu’il essayerait de faire le maximum pour éviter les patrouilles. Il continua sa course avec eux jusqu’à la station sans croiser de patrouille. Mais à l’entame du no man’s land séparant la station du lycée, des agents en uniforme surgirent dans la lumière des phares et demandèrent au taxi de s’immobiliser. Le chauffeur commença à freiner mais l’un de ses passagers lui cria qu’il ne s’agissait pas de policiers mais de bandits qui voulaient l’agresser. Le taximan le crut et lâcha le frein pour appuyer sur le champignon. A l’autre bout du terrain vague, le second groupe de policiers apparut et barra la route au véhicule. Le conducteur qui ne voyait pas comment échapper aux agents en tenue, s’arrêta et attendit. Les policiers encerclèrent le véhicule et demandèrent aux occupants de descendre pour un contrôle de routine.

TERRAIN VAGUE ET OBSCUR

Moussablen qui était installé près du conducteur, voulut alors cacher quelque chose sous son siège. L’un des policiers le remarqua et lui demanda ce qu’il tentait de dissimuler. Il répondit : « rien ! ». Le policier se baissa et retira de sous le siège un coupe-coupe et un marteau. Il les présenta à ses collègues. Le chef BR qui avait reçu toutes les plaintes des autres taximen victimes se rappela que tous lui avaient dit que les deux hommes brandissaient un coupe-coupe, un pistolet et un marteau. Il ordonna à un de ses agents de fouiller l’Homme noir. Les policiers retrouvèrent sur lui un marteau qu’il avait tenté de jeter discrètement par terre.

Conduits au commissariat, les deux hommes tentèrent de nier dans un premier temps avant de se mettre à table pour décrire leur mode d’opération. Moussablen expliqua qu’aux alentours de 4 heures du matin presque tous les taximen transportent sur eux d’importantes sommes d’argent. A cette heure-ci, ils s’apprêtent à aller dormir ou à verser les recettes aux propriétaires des autos. C’est le moment que les deux bandits choisissaient pour les conduire sur le terrain vague et obscur, afin les dépouiller.

Le chauffeur de Sotrama loge dans les environs du lycée. Après ses heures de travail dans la journée, il donnait rendez-vous à son ami et apprenti. Les deux complices se rendaient au Dabanani et attendaient le bon moment pour se faire conduire à cet endroit propice aux guet-apens. Une fois sur le no man’s land, le passager assis à l’arrière du taxi, braque le chauffeur et lui enjoint de vider ses poches avant de descendre de son véhicule. Ensuite les deux bandits prennent le véhicule puis l’abandonnent quelque part en ville. C’est ainsi que par quatre fois, ils ont abandonné des taxis dans les environs de l’Assemblée nationale, à Niarela et à Daoudabougou.

Les deux hommes séjournent présentement à la Maison d’arrêt de Bamako où ils méditent sur leur sort après avoir été mis sous mandant dépôt par un magistrat de la Commune V.

G. A. DICKO | Essor

17 septembre 2007