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men.jpgDepuis quelques semaines, le commissaire divisionnaire Missa Diakité enregistrait des déclarations de vols avec effraction, de viols, d’agressions. Les bandits s’enhardissaient même à opérer parfois dans les rues au crépuscule. La gravité de la situation a conduit le commissaire à instaurer des patrouilles permanentes dans son secteur. Cinq groupes furent constitués. Tous les jours, les éléments sous la supervision du commissaire en personne et du chef de la brigade de recherche et de renseignement, l’inspecteur Chaka Traoré, sillonnaient matin et soir les quartiers où des actes délictueux avaient été signalés. Les différentes interpellations et vérifications d’identité opérées n’avaient pas permis d’arrêter les auteurs de ces actes de banditisme. La chance a tourné en faveur des policiers dans la nuit du 9 au 10 avril !

Durant cette soirée deux policiers à moto traversaient un croisement de rues en latérite. Ils remarquèrent un homme qui circulait sur une moto. Le quidam ne cessait de se retourner, comme pour s’assurer qu’il n’était pas suivi. Les policiers le prirent en chasse. Ils le coincèrent dans une impasse. L’inconnu fut prié d’indiquer sa destination. Le gaillard de 1,90 m et de près de 100 kg répondit qu’il se rendait au travail. Cette réponse ne convainquit pas les agents. Ils remarquèrent que l’inconnu transportait un carton. Il détenait un appareil photographique numérique, un téléphone portable et une cartouche de gaz offensif. Ils l’interrogèrent sur l’origine des appareils et sur le contenu du carton. Le bonhomme répondit de façon vague.

Suspect et agressif

Ayant jaugé les deux policiers, l’individu commença à se faire de plus en plus menaçant. Par précaution un des agents se mit à l’écart. Il appela les autres patrouilles, les invitant à converger vers la rue où ils se trouvaient. Il annonça à ses collègues l’interception d’un individu suspect au ton agressif. Toutes les patrouilles prirent la direction de l’endroit indiqué. Les policiers intimèrent à celui qui sera identifié plus tard comme étant Lamine F., l’ordre de les suivre. Au lieu d’obtempérer, F. piqua une vive colère. Il esquissa des figures de karaté et conseilla aux agents de le laisser poursuivre son chemin s’ils tenaient à vivre encore longtemps.

L’homme ne se doutait qu’il avait affaire à des vis-à-vis bien entraînés. En peu de temps, le matamore fut désarmé et une paire de menottes lui fut passée aux poignets. Les policiers s’occupaient de lui quand survint son compagnon, un lutteur sénégalais, une véritable montagne de muscles. Les policiers furent vite fixés sur les intentions du nouveau venu. Il était arrivé en proférant des menaces, visiblement désireux de libérer son ami. Il fut maîtrisé comme son acolyte. Lamine F. et Naman K. furent alors conduits au commissariat.

Les policiers examinèrent l’appareil téléphonique. Ils découvrirent le nom d’une femme dans le répertoire et l’appelèrent. La femme reconnut le numéro de son mari, un certain A.O.D., directeur administratif et financier d’une société minière de la place. L’homme informé se rendit au commissariat. Il déclara que son bureau avait été pillé par des voleurs peu avant le crépuscule. Il avait perdu non seulement un appareil téléphonique de grande valeur, mais aussi 5 ordinateurs de sa société ont été retrouvés abandonnés dans l’arrière cour par le gardien.

L’entrepôt

pris.jpgQue s’était-il passé au crépuscule ? Les policiers avaient intercepté Lamine F. alors qu’il venait de sortir des bureaux de la société minière qu’il venait de visiter. Le complice Naman K. avait déjà emporté un des ordinateurs de l’entreprise pour le déposer en lieu sûr. Les deux hommes devaient s’arranger pour évacuer toutes les machines volées avant de les acheminer vers leur entrepôt, une chambre isolée dans le quartier de Kalabancoro Plateau.

Après un bref interrogatoire, les policiers apprirent le repaire du duo et se rendirent sur place. La chambre entrepôt des deux hommes ressemblait à une auberge espagnole. Elle contenait une grande quantité d’ordinateurs, de tissus cousus et non cousus, des onduleurs, des imprimantes couleurs et noirs et blancs. Les jouets pour enfants, les ustensiles de cuisine formaient une montagne dans un coin. Chaque objet était lié à une histoire de vol, de viol ou d’agression.

Reconduits au commissariat après perquisition, les deux hommes ont été pris en charge pour interrogatoire par les inspecteurs Chaka Traoré et Daouda Th. Diarra. Ce policier signe ainsi son retour dans ce commissariat où il avait longtemps servi comme chef P.J. Très vite, Lamine F. et Naman K. se mettent à table et avouent des choses étonnantes.

Lamine F. avoua tout de go être un voleur professionnel. Il agresse ses victimes, ajouta-t-il en entreprenant de raconter une de ses opérations chez la veuve d’un officier, il y a quelques semaines. La veuve avait fini de prier et se préparait à se coucher quand le géant F. entra chez elle. Il la menaça de mort si elle faisait le moindre bruit. La femme obtempéra mais répondit qu’elle était veuve et préférait mourir et rejoindre son mari dans l’au-delà que de se laisser violer, de surcroît en période de veuvage. F. fixa longtemps sa victime, avant de lui lancer à la figure : « d’accord, je vais avoir pitié de toi, mais j’emporte tout ce qui me plaît chez toi« . Joignant l’acte à la parole, l’homme qu’attendait un taxi loué pour la cause, vida complètement le salon de la femme. Il emporta même la moquette. Elle observa sans réagir ses biens prendre une destination inconnue. Le lendemain, elle fit une déclaration à la gendarmerie de Kalabancoro. Dimanche dernier, elle a été informée par le 11e arrondissement de l’arrestation de ses voleurs. Elle s’est présentée et a reconnu les deux hommes.

La veuve a eu plus de chance que cette étudiante de l’IUG dont nous parlerons demain. Elle aussi a été victime de Lamine F. et Naman K.

(à suivre)
G. A. DICKO | Essor

17 avril 2007