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Nos lecteurs se souviennent de l’affaire Daouda Yattara dit “Sitanè” qui a défrayé la chronique en 2006-2007. Accusé d’assassinat de Kassim Camara dit Kassim “Dafara”, “Sitanè” fut arrêté, jugé puis condamné. Aujourd’hui, il purge sa peine à la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako.

Ce qui a fait la célébrité de ce jeune féticheur, c’est son penchant envers Sitanè ou Satan. “Je n’ai jamais été musulman, je ne suis pas un musulman, je ne serai jamais musulman du restant de ma vie”, a-t-il scandé. Alors qu’il séjourne en ce moment à la prison centrale de Bamako, une lettre anonyme d’une association islamique de la place tombe à “Sitanèbougou” au domicile de Daouda Yattara à Sébénikoro en Commune IV du District de Bamako. C’est son neveu Moussa Georges Dembélé dit Papus qui garde la maison qui a reçu ladite lettre pour la lui transmettre dans sa cellule.

Les auteurs de cette lettre demandent à Daouda Yattara de se reconvertir à l’islam en échange de sa libération. “Si tu te convertis à l’islam, nous te ferons sortir de la prison”, ont-ils écrit dans la fameuse lettre. Après avoir lu cette lettre, Yattara s’est mis dans tous ses états, c’est-à-dire en colère. En réponse à la lettre, il chargea son neveu d’aller dire aux “mécréants”, c’est-à-dire aux auteurs de la lettre qu’il restera ce qu’il fut, ce qu’il est. Et par la même, il le chargea d’informer la presse.

Daouda Yattara a saisi l’occasion pour parler de lui-même, du Président de la République Amadou Toumani Touré (ATT), du Président algérien, Abdel Aziz Boutéflika, du réseau Al Qaïda, du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Maharafa Traoré, du régisseur de la prison centrale de Bamako, le Commandant Mamourou Doumbia.

“Je ne me convertirai jamais à l’islam”

“I dona ni tourouni mi ye, ni yo di ka bo i koun, i bè kè donbagala filiye”. (Si tu arraches l’unique tresse qui permet aux siens de te reconnaître, tu deviendras un inconnu). C’est cette philosophie qui anime Daouda Yattara. On se le rappelle, l’homme a été révélé au grand public grâce à ses propos et gestes sataniques. Féticheur bon teint, l’homme ne connaît qu’un seul Dieu qui est le Tout Puissant, mais ne l’adore pas. Il préfère adorer ses fétiches que le bon Dieu.

Je n’ai jamais prié et je ne prierai jamais du restant de ma vie. Je n’ai jamais fait l’amour à une femme, je ne le ferai pas du restant de ma vie, et par conséquent, je ne trouverai jamais un enfant. Je suis à Bamako, pas pour prier, mais par intérêt. Je respecte, j’ai du respect pour les vrais musulmans, comme Ousmane Chérif Madane Haïdara. Ce que je déteste le plus, c’est de faire semblant qu’on est musulman alors qu’on est loin de l’être”, a-t-il soutenu. Sans commentaire.

Parlant de la prison, notre féticheur pense que le Mali n’est pas un pays musulman car, dit-t-il, “seuls les pauvres croupissent dans la prison, les vrais criminels sont au-dehors. Parmi les quelque mille pensionnaires de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, seulement une dizaine appartiennent à des familles riches, tous les autres sont issus de familles pauvres. Mon séjour dans la prison m’a permis de comprendre que la loi est faite pour punir les pauvres. Je n’ai pas vu un juge, la femme d’un juge ou son enfant en prison et même un membre de sa famille. C’est pourquoi je dis au Vérificateur Général, Sidi Sosso Diarra de se reposer, même s’il ne parle pas, la vérité est connue de tous les Maliens”.

ATT, Bouteflika et Al Qaida

Le 4 mai dernier, le président algérien Abdel Aziz Boutéflika a livré au Mali une importante quantité d’armes, de minutions et de matériels militaires pour, dit-on, combattre Al Qaïda. Ce geste de ll’Algérie à l’endroit du Mali est diversement interprété à Bamako. Le féticheur Daouda Yattara dit “Sitanè” a appris la nouvelle à travers les radios libres de la place qui commentent en langue nationale bamanan les articles de presse. Comme d’autres citoyens, le prisonnier qu’est aujourd’hui Daouda Yattara déclare que le Mali n’a pas besoin d’arme venant d’Alger.

Selon lui,c’est un piège tendu par Boutéflika qui veut détourner les islamistes armés, la cible algérienne, pour les orienter au Mali alors qu’Al Qaïda n’a rien à voir avec le Mali. La priorité pour les Maliens en terme de sécurité, c’est de mettre fin à la rébellion au Nord du pays. Or, il se trouve que l’Algérie sert de base arrière pour la bande à Bahanga une fois qu’elle commet des crimes au Mali. Pourquoi Alger ne peut pas arrêter Bahanga et autres et les rapatrier au Mali au lieu de les protéger ainsi que leur famille ?” s’interroge Daouda Yattara.

Pour lui, le Mali n’a jamais été attaqué par Al Qaïda, pourquoi l’armée malienne doit-elle combattre cette organisation islamiste ? C’est en Algérie qu’elle opère car, ses représentants et militants ont gagné les élections de 1992, mais avec la complicité de la France, ils ont été chassés du pouvoir. C’est ce qui justifie les attaques des islamistes armés en Algérie.

Mamourou Doumbia, la Mcab et Maharafa Traore

Le Commandant Mamourou Doumbia est le régisseur de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako (MCAB). Daouda Yattara ne tarit pas d’éloge à l’endroit du régisseur. Selon lui, le Commandant Doumbia est un homme honnête et bon.

Du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Maharafa Traoré, Daouda Traoré retient une bonne image. “Depuis qu’il est à la tête du département de la Justice, le repas des détenus s’est amélioré tant en quantité qu’en qualité, pourvu que cela continue.

Par rapport au désengorgement de la prison, il est vrai que les gens viennent, mais d’autres en sortent également tous les jours. Cela s’explique du fait que les sessions de la Cour d’assises se tiennent régulièrement et les affaires inscrites au rôle sont dans leur quasi-totalité examinées et jugées”, a témoigné Daouda Yattara.

Daba Balla KEITA

12 Mai 2009