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Le 21 novembre 2005, l’église catholique a subi un grand choc.
En effet, un litige foncier vieux d’une dizaine d’années entre l’Eglise Catholique du Mali et un maliano-libanais du nom de Georges Francis, a pris une grande ampleur.
Pendant que l’Eglise malienne était à Kita pour son 35e pèlerinage, le lundi 21 novembre, Georges Francis, prémuni d’un droit de propriété sur le séminaire et les jardins potagers de Samaya a entamé la démolition de certains bâtiments abritant le Séminaire dénommé Centre Saint-Augustin de Samaya.
Le village de Samaya, situé à quelques kilomètres de Bamako en allant vers la route de Guinée. Il est essentiellement composé de personnes vivant d’agriculture, de pêche, de chasse et de petits métiers.
Mais Samaya est surtout réputé pour son Séminaire, où jeunes en provenance du Mali, du Burkina Faso, de la Guinée et du Sénégal, étudient pour devenir prêtres.
Suite à cet acte que beaucoup qualifient de barbare, l’église catholique du Mali est rentrée dans une colère noire.
Le Mali, bien qu’étant un pays à 80% musulman, les communautés chrétienne et musulmans y ont toujours eu les meilleurs rapports possibles.
Cet acte de démolition n’a pas choqué que la communauté chrétienne du Mali, mais l’ensemble des maliens.
Pour trouver une solution à ce conflit, l’implication du chef de l’état a été sollicitée par l’église malienne.

Les journaux titrent :

« Litige foncier à Samaya, ATT reçoit les parties », titre Soir de Bamako du 28 novembre 2005.

« Eglise et cultures démolies au bulldozer, Samaya : bande de Gaza d’un Libanais démolisseur », titre Les Echos du 28 novembre 2005.

Le conflit …
« Rappelons que c’est le lundi dernier que le litige foncier entre l’Eglise Catholique du Mali et un maliano-libanais du nom de Georges Françis, a pris des proportions inquiétantes avec la décision de Georges Françis de démolir certains bâtiments abritant le Séminaire dénommé Centre Saint-Augustin de Samaya. Georges Françis sous la base d’un testament réclame la propriété des parcelles sur lesquelles est bâtie une partie de ces constructions (lire soir de Bamako n°2166 du 24 novembre 2005). Mais l’Eglise de son côté, estime que le défunt père ne pouvait léguer, en guise d’héritage, à un particulier, des biens appartenant à toute la communauté catholique. Un bras de fer qui dure aujourd’hui plus de dix ans s’est engagé entre les deux parties. », écrit Soir de Bamako du 28 novembre 2005.

Au Mali, où 80% de la population est musulmane, l’église catholique d’une manière générale, entretient de très bons rapports avec la communauté musulmane. Elle est très respectueuse des autres religions et des hommes, et ne fait jamais d’esclandre. Mais suite à cette « agression » à leur endroit, les responsables de l’Eglise catholique sont rentrés dans une colère noire …

« Il n’est pas habituel que Mgr Jean Zerbo se répande dans la presse, ni lui ni l’Eglise d’une manière générale. Homme de paix, pondéré de nature, il suit sa voie, celle de Dieu en rasant presque les murs pour ne pas faire du tort à ses semblables.
Si un tel homme décide d’écrire de la manière la plus officielle à nos gouvernants, c’est que l’affliction qui le frappe dépasse l’entendement et mériterait d’être redressée avant le Jugement dernier. Si un tel homme attire sur lui la sympathie et la solidarité agissante de la presse, c’est que l’affliction qui le frappe lui et ses ouailles mérite d’être connue et réparée ici-bas. Ici et maintenant, comme dirait l’autre.
La semaine dernière, l’Eglise malienne était à Kita pour son 35e pèlerinage sur le thème « Marie, consolatrice des affligés ». Thème prémonitoire ? En tout cas, le pèlerinage à peine terminé, Mgr Jean Zerbo et les fidèles de l’Eglise allaient se retrouver au nombre des affligés.
Dans un zèle dont seule la justice malienne peut se rendre capable (coupable ?), un huissier, accompagné d’une escouade de gendarmes, a dirigé un Bulldozer pour démolir l’institution Grand séminaire de Samaya : saccage intégral de l’atelier des élèves, dortoir endommagé, bananeraie détruite et le moral des étudiants et de leur formateur scié.
», écrit Les Echos du 28 novembre 2005.

L’exercice des droits et libertés en droit positif : les garanties et limites …

« Les scènes du saccage qui rappellent, toutes proportions gardées, celles des démolitions dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, se sont déroulées un mois à peine après la rentrée judiciaire. Ce qui s’est passé à Samaya ne peut que nous renvoyer au thème de cette année : « L’exercice des droits et libertés en droit positif : les garanties et limites ».
On se souvient de tout ce qui avait dit lors de cette messe traditionnelle où, comme on l’écrivait dans ces mêmes colonnes, on pose le bon diagnostic sans jamais apporter le moindre remède. La destruction des biens de l’Eglise, par-delà son caractère barbare et choquant, est une dérive que d’autres Maliens subissent dans leur chair et dans leur âme tous les jours.
Notre justice, dont certains serviteurs se servent pour leur profit exclusif, est minée par la corruption et par la cupidité. Notre justice, dont certains acteurs serviteurs servent tout sauf la vérité, s’embourbe jour après jour sur des sentiers qui la coupent des justiciables. Cette justice, dont certains serviteurs n’ont souci que de leur ascension sociale, ne semble plus être un gage de stabilité sociale.
Il y a certains commentaires qui affirment que ç’aurait été une mosquée, l’huissier qui a exécuté la basse besogne aurait réfléchi avant de passer à l’acte. Quelles que soient les sommes empochées. A l’allure où vont les dérives, il ne faut pourtant jurer de rien. Parce que n’importe qui pourrait se lever, avec des espèces sonnantes et trébuchantes, se servir de la justice pour démolir une mosquée, une école, une maison, au motif douteux que le terrain appartiendrait à ses aïeux.
», écrit Les Echos du 28 novembre 2005.

Cet acte barbare n’est pas qu’un drame pour la communauté chrétienne du Mali, mais pour mais l’ensemble des maliens…

« Au-delà de l’affliction qui frappe Mgr Jean Zerbo et ses ouailles, c’est l’ensemble des Maliens qui vivent ce drame dans l’incompréhension et la révolte. En d’autres temps et en d’autres circonstances, on aurait rappelé à Mgr la sentence qui demande au Seigneur de pardonner parce qu’ils ne savent pas. Mais, face aux indices concordants et aux preuves accablantes, nous ne pouvons demander à Mgr que leur pardonner justement parce qu’ils savent. Et demander à ce que justice soit faite. », écrit Les Echos du 28 novembre 2005.

L’église fautive ?…

« En attendant, les bruits de cette “folle” journée du lundi 21 novembre 2005 (démolition par le Libanais du Centre Saint-Augustin de Samaya) continuent de susciter de la polémique dans la communauté catholique. Si le fait est rarissime (que l’Eglise catholique monte au créneau face à un litige qu’il soit foncier au non), beaucoup se demandent encore comment cette Eglise n’a pas pu résoudre définitivement ce problème qui est resté de longues années. Comme quoi, l’indignation ne va pas seulement à l’encontre du Libanais qui a osé “défier” l’Eglise, mais envers les responsables de l’Eglise également qui semblent être « victimes de leur naïveté » pour paraphraser l’un d’entre eux. », écrit Soir de Bamako du 28 novembre 2005.

Suite à la démolition du lundi dernier, les responsables de l’Eglise catholique ont fait appel à « l’arbitrage» du président de la République, Amadou Toumani Touré, qui les a reçues jeudi 24 novembre 2005, à Koulouba, et leur aurait proposé une solution …

« Le litige foncier qui oppose l’Eglise Catholique du Mali au Libanais Georges Françis va-t-il vers un dénouement heureux? Le Président de la République Amadou Toumani Touré aurait fait une proposition qui semble recueillir l’assentiment des deux parties en conflit.
Le jeudi dernier, le président de la République Amadou Toumani Touré a, en effet, reçu les protagonistes à Koulouba. L’objectif de cette rencontre était de chercher une solution au litige foncier qui oppose l’Eglise Catholique du Mali et le Libanais Georges Françis, héritier du Père Youssouf Joseph Françis qui a longtemps servi au Mali.
Il ressort de cette rencontre qu’une proposition concrète a été faite par la présidence de la République. Cette proposition vise à exproprier l’héritier de Youssouf Joseph Françis, Georges Françis sous la base d’une « expropriation pour cause d’utilité publique ». Mais cette proposition, selon une source d’information, est assortie d’une compensation dont la nature n’a pas été précisée pour Georges Françis. Cette solution, selon la même source, a semblé satisfaire les deux parties qui ont été invitées à prendre attache avec M. Mangal de la Présidence et avec le secrétaire général du Ministère de la Justice.
», écrit Soir de Bamako du 28 novembre 2005.