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En prélude à la privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) qui aura en principe lieu en 2008, cette dernière a organisé une campagne de visite qui se déroulera du 17 au 28 avril au Burkina Faso, Togo et Bénin, pays, où la filière est déjà privatisée.
La délégation de la CMDT, forte d’une trentaine de personnes, avec à sa tête Abdoulaye Traoré, chef du service de production agricole à la CMDT, est composé de producteurs, de responsables de la production de la CMDT ainsi que de syndicalistes.
La première étape de cette visite a débuté par le Burkina Faso, précisément Bobo-Dioulasso, les 18 et 19 avril, car, la privatisation a été une réussite au Pays des Hommes Intègres. En effet, deux ans seulement après cette opération, le pays s’est hissé au 1er rang des producteurs de l’Afrique subsaharienne avec une production nationale estimée à 730 000 tonnes.

Les journaux titrent :

Les Echos du 21 avril 2006 : « Privatisation de la filière cotonnière, La CMDT s’inspire des réussites dans la sous région ».

Le Républicain du 21 mars 2006 : « Privatisation de la filière coton : la CMDT s’inspire de l’expérience burkinabé ».

L’Essor du 21 mars 2006 : « Privatisation de la filière coton : un cas d’école».

Pourquoi ce voyage d’études et d’échanges d’expériences avec les filières cotonnières du Burkina Faso, du Togo et du Bénin…

« Le coton fait vivre plus de 3 millions de personnes et représente une part importante du Produit national brut de l’économie malienne. Depuis quelques années, la filière cotonnière malienne, à l’instar de celles des autres pays autres africains, est en voie de privatisation. Les pouvoirs publics et la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT), le géant cotonnier malien, se préparent à ce changement au mieux des intérêts des producteurs de coton. Dans cette perspective, la Direction générale de la CMDT a entamé mardi un voyage d’études qui la mènera au Burkina Faso, au Togo et au Bénin pour analyser les expériences de privatisation de la filière cotonnière dans ces différents pays. », écrit L’Essor du 21 mars 2006.

« A l’heure de la privatisation, la CMDT entend se donner toutes les chances pour réussir. Cela passe par la capitalisation des expériences de ses prédécesseurs. Le compte à rebours a commencé. La Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT) sera privatisée à l’horizon 2008. Pour se préparer à cette échéance, elle vient d’initier un voyage d’études et d’échanges d’expériences avec les filières cotonnières du Burkina Faso, du Togo et du Bénin déjà privatisées. Conduite par Abdoulaye Traoré, chef service Production agricole de la CMDT, cette mission composée de cadres, de producteurs et de responsables syndicaux doit recueillir du 17 au 28 avril toutes les informations utiles auprès de ces filières. L’objectif est de s’inspirer des exemples réussis et d’éviter les erreurs qui ont plombé la filière coton dans certains pays.», écrit Le Républicain du 21 mars 2006.

Etape de Bobo-Dioulasso : la délégation de la Cmdt, s’est entretenue avec les producteurs et les responsables de la Sofitex, l’une des trois sociétés qui se partagent le marché cotonnier burkinabé. La mission a élaboré un « guide d’entretien » en 12 points …

« Les 18 et 19 avril, à Bobo, la délégation s’est entretenue avec les producteurs et les responsables de la Sofitex, l’une des trois sociétés qui se partagent le marché cotonnier burkinabé. La mission a élaboré un « guide d’entretien » en 12 points, comportant leurs préoccupations comme : organisation antérieure, actuelle et future de la filière cotonnière du Burkina ; système d’encadrement des producteurs de coton et organisation du conseil agricole ; structuration des producteurs de coton ; détermination des besoins en intrants agricoles et passation des marchés d’intrants ; paiement des fournisseurs d’intrants agricoles ; prix des intrants aux producteurs, formules et doses d’intrants coton à l’hectare ; relations sociétés cotonnières et recherches agricoles ; fixation du prix du coton graine aux producteurs ; production cotonnière et rendement moyen du Burkina sur les trois dernières campagnes ; organisation de la commercialisation du coton graine, classement, évacuation et égrenage du coton ; organisation du paiement des producteurs ; gestion du stock et vente de la fibre et de la graine de coton. », écrit Les Echos du 21 avril 2006.

Recette employée par le Burkina Faso pour réussir sa privatisation et mesures prises pour préserver les intérêts nationaux…

« Selon François Tany, 1er vice-président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), c’est en 2004 que la filière a été privatisée au pays des Hommes intègres. La filière a été privatisée et divisée entre trois entités : la Sofitex, une société qui existait déjà et dans laquelle l’Etat était majoritaire. L’Etat a donc cédé 30 % de ses 65 % à l’UNPCB. Le reste des actions est aux mains de Dagris, (34 %), des banques de la place.
A côté, deux autres sociétés ont vu le jour : Fasocoton, détenu par Dagris, en majorité, au centre, Socoma, à l’est, aux mains de Reinhart, une société suisse
.», écrit Les Echos du 21 avril 2006.

« Pour préparer la libéralisation de la filière, les producteurs du pays des hommes intègres se sont regroupés en une seule organisation faîtière dénommée Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB). Cette Union défend les intérêts des producteurs sur toutes les questions concernant la filière. Parallèlement, le gouvernement burkinabé a élaboré un protocole d’accord qui préserve les intérêts des producteurs et veille sur l’image de la filière intégrée par les repreneurs éventuels. Ouagadougou a procédé par une privatisation par zonage. Ainsi la Sofitex a conservé une partie de ses zones d’intervention et cédé les autres périmètres cotonniers à la vente. La Sofitex se maintient dans la zone ouest (vers Bobo Dioulasso) et rétrocède le centre et l’Est du pays aux repreneurs.
Les candidats à l’achat des deux zones proposées à la vente se sont engagés à respecter les clauses du protocole d’accord qui stipule que le repreneur gardera le personnel, respectera l’unicité du prix d’achat du coton graine qui sera fixé par le mécanisme de fixation des prix. Les prix des intrants devront être identiques pour toutes les zones et l’Association interprofessionnelle des producteurs de coton du Burkina Faso, au sein de laquelle sont admis les repreneurs, est la seule instance habilitée à réviser les prix.
Des précautions supplémentaires ont conduit l’État burkinabé à céder une part de son capital qui était de 65% aux producteurs afin qu’ils puissent entrer dans le capital de la nouvelle société Sofitex. C’est ainsi que les producteurs à travers leur organisation ont racheté 30% de la part de l’État soit 3 milliards Fcfa. Le fonds de soutien, avant sa liquidation, a financé l’opération de rachat au profit des producteurs. Les nouveaux arrivants furent également contraints de céder une part de leur capital aux producteurs des zones vendues.
C’est ainsi que la Société cotonnière du Gourma (Socoma) qui représente la zone Est, appartient désormais à une société française qui a dû céder 20%, soit 1,2 milliard Fcfa, de son capital aux producteurs. Ces derniers ont recouru à un prêt bancaire remboursable en cinq ans au taux de 7,5% pour honorer le rachat. Quant à la deuxième zone en vente, elle a été rachetée par Reinhard et Ivoire Coton. Ceux-ci ont cédé 10% de leur capital aux producteurs, soit 330 millions Fcfa que l’État burkinabé a décaissé au bénéfice des producteurs. Le personnel de la Sofitex nouvelle formule ne participe pas au capital, parce que la question ne s’est même pas posée de juger de cette opportunité.
Les nouvelles sociétés devraient aussi s’engager à respecter un label unique burkinabé sur le marché international. Elles ont conservé le personnel comme stipulé dans les accords et ont même procédé à de nouveaux recrutements.
Les deux nouvelles sociétés sont fonctionnelles depuis la campagne 2005/2006. Dans les zones Socoma, on attend une production de l’ordre de 75 à 80 000 tonnes de coton graine, tandis que dans les zones Faso coton la production prévisionnelle est de l’ordre de 46 000 tonnes. Par contre dans le vieux bassin cotonnier du pays qui est la zone de Bobo Dioulasso, la production attendue avoisine 598 000 tonnes dont 576 000 tonnes sont déjà égrenées. La production prévisionnelle nationale est de 700 à 730 000 tonnes de coton graine.
L’approvisionnement en engrais est désormais géré par un comité de dépouillement présidé par l’UNPCB représentée par 7 membres. Il comprend également 3 membres de la Sofitex et deux de la recherche agronomique. Le prix d’achat du coton graine pour la campagne 2005/2006 est de 175 Fcfa la kg contre 210 Fcfa durant la campagne précédente. Ce prix baissera probablement à 165 Fcfa le kg à cause de la volatilité des cours mondiaux de l’or blanc. La filière cotonnière burkinabé prévoit un déficit d’achat durant la campagne 2005/2006 en raison de la baisse du cours du coton et du dollar ainsi que de la hausse du prix du pétrole.
Autre caractéristique de l’expérience burkinabè : le coton n’est rétribué au producteur qu’à la livraison à l’usine. Les paiements par anticipation ne sont plus de mise.»,
écrit L’Essor du 21 mars 2006.

Explication du boom de la production cotonnière au “pays des hommes intègres”…

« Mais qu’est ce qui explique le boom de la production cotonnière au “pays des hommes intègres” en l’espace de quelques années ? Pour François Tani, premier vice président de l’UNPCB, la réponse est toute simple. “Presque tous les paysans se sont convertis au coton à cause des gains substantiels qu’il procure. Mais aussi les réfugiés burkinabés venus de la Côte d’Ivoire s’y sont mis. Certains ont même doublé leur surface cultivable pour rattraper les pertes dues à la chute des cours sur le marché international”, a t-il déclaré. C’est ce qui explique le fait que les exploitations agricoles sont passées de 250 000 à plus de 300 000. L’année dernière, le Burkina Faso a produit 630 000 tonnes de coton graine mais pour la campagne qui s’achève il est attendu 730 000 tonnes. Malgré cette poussée de la production la filière coton connaît des difficultés majeures. Elle a enregistré un déficit de 35 milliards de francs CFA l’année dernière dû à plusieurs facteurs dont la chute des cours sur le marché. Et depuis trois ans le prix au producteur est entrain de chuter. De 210 F CFA le kg de coton graine en 2005, il est passé à 175 F CFA en 2006 et pour 2007 l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC) a fixé 165 F CFA. », écrit Le Républicain du 21 mars 2006.

« Notre pays pourrait s’inspirer de cette libéralisation en douceur qui a su préserver les intérêts des producteurs et offrir des chances de survie à une filière qui fait vivre plus de 3 millions de personnes. Autant d’impératifs qui se posent dans notre pays, aux pouvoirs publics et à la CMDT.», écrit L’Essor du 21 mars 2006.

Jeudi 20 avril, la délégation s’est rendue à Kara et Lomé, pour rencontrer les cotonculteurs du Togo.